Le géant finlandais Nokia a annoncé hier des ruptures de livraison sur certains téléphones mobiles à cause des évènements au Japon. Le constructeur automobile PSA Peugeot Citroën envisage aussi de mettre au chômage technique certains salariés européens.

La catastrophe japonaise confirme de façon éclatante la réalité de l’interconnexion entre les économies. Nokia est un bon exemple : le finlandais, qui n’a pas d’usine au Japon, dépend de composants électroniques qui, eux, viennent de l’archipel. Il y aura donc des pénuries de téléphones portables. Autre illustration : hier, aucun véhicule n’est sorti de l’usine espagnole de General Motors à Saragosse, en Espagne. Ses chaînes se sont aussi arrêtées de tourner en Allemagne et en Louisiane ! Renault a diminué sa production en Corée du Sud et PSA manque de composants électroniques et a parlé hier soir de chômage technique en Europe, avec des baisses de production allant jusqu’à 60% sur certains sites. Quoi encore ?

Des ruptures d’approvisionnement sont prévues pour l’I-Pad 2 d’Apple. Bref, tout cela prouve que, contrairement aux romans écrits par certains scénaristes d’économie-fiction, la crise de 2008-2009 n’a pas cassé la mondialisation. D’ailleurs, le commerce mondial est revenu –on vient de l’apprendre– à son niveau d’avant crise.

On n’imaginait pas le Japon avoir encore un poids si important. Le Japon, après avoir fait peur dans les années 70 et 80, a disparu des écrans radars médiatiques depuis vingt ans. Quand la Chine l’a doublé à la deuxième place de l’économie mondiale, cela a renforcé l’idée. Eh bien, pas du tout. Il tient un rôle clé dans quelques domaines bien précis, et d’abord l’électronique. Ainsi, en théorie, 16% seulement des téléviseurs se fabriquent encore là-bas. Mais le Japon est leader sur la fourniture des films polarisants, qui filtrent la lumière. Rien ne se fait sans lui. Mieux, deux firmes nippones ont un quasi-monopole sur les galettes de silicium. Elles servent à fabriquer toutes les puces, les processeurs, les mémoires, les circuits. Le Japon fabrique également un appareil photo numérique sur deux et 20% des composants électroniques des voitures. En clair, sa position technologique est absolument stratégique.

Et qu’est-ce que cela dit sur l’économie mondiale ? Que nous avons souvent une idée fausse de son fonctionnement. Nous imaginons des avions et bateaux qui parcourent le monde pour transporter les marchandises de Chine vers les Etats-Unis ou l’Europe. En fait, la mondialisation, c’est un ballet de transports qui vont dans tous les sens, pour piocher un composant ici, une pièce là, pour que tout s’assemble encore ailleurs avant d’aller dans le pays de vente. Le meilleur exemple, c’est l’I-Phone. On croit qu’il est fabriqué en Chine. Erreur ! Le Japon fournit un tiers de sa valeur, l’écran et la mémoire, l’Allemagne, 17%, la Corée 13%, et la Chine assemble le tout. L’assemblage en Chine ne représente que 4% de la valeur. Seulement.

Avec quelles conséquences ? Ce que nous rappellent le drame japonais et l’annonce de Nokia, ce sont deux choses. Un : il ne faut pas se fier au Made in China que l’on voit écrit sur beaucoup de produits. C’est plus compliqué et cela complique le débat sur les relations avec la Chine. Deux : la clé de la mondialisation, ce sont les transports. Si le prix du pétrole augmente, la donne changera peut-être. En attendant, la mondialisation est profondément installée dans les gênes des entreprises.

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