Une actualité, hier, a relancé la polémique sur une éventuelle sécession des élites.

Cette actualité, c’est l’attribution au dirigeant de l’entreprise franco-américano-britannique TechnipFMC d’indemnités de départ de 4 millions d’euros, plus un versement d’environ 10 millions d’euros en actions. Ce montant choque y compris le Medef, même si on se demande si tous ceux qui s’indignent connaissent cette entreprise du CAC40, un des leaders mondiaux du secteur parapétrolier (elle fabrique des pipelines pétrole-gaz et des plates-formes), avec 37.000 salariés. 

Cela frappe les esprits parce que Technip, français à l’origine, a fusionné avec FMC et surtout a perdu 2 milliards de dollars l’an dernier. Du coup, la rémunération de Thierry Pilenko surprend – le mot est faible. Même si c’est aux actionnaires de décider. Même si les patrons étrangers gagnent bien plus sans susciter beaucoup d’émoi. 

Au-delà, on voit, et cela remonte du grand débat, qu’une partie de l’opinion ressent une coupure avec les élites, économiques, mais aussi politiques et -disons-le- médiatiques. Ce n’est pas nouveau, au tournant des XIX-XXème siècle, dans les années 30, ce thème était présent, mais le politologue Jérome Fourquet, qui est passé dans ce studio, y a consacré des développements dans son dernier livre. Sécession géographique (les fameuses métropoles), culturelle (mêmes formations, préoccupations et modes de vie), les écarts de revenus et de richesses n’étant pas toujours le plus important. Le procès vise large parce que les hauts fonctionnaires sont touchés, au point que la suppression de l’ENA est sur la table des réflexions –sauf qu’il faut bien les former. 

Alors, est-ce que cette formule « sécession des élites » a du sens ? 

Avec la construction européenne, avec la mondialisation, avec la baisse du coût des transports, un certain nombre de Français (et d’Américains, de Chinois, de Brésiliens) regardent ici et ailleurs, ils voient le basculement du monde vers l’Asie, ils pensent que ce sont des opportunités et des contraintes, mais ils pensent aussi qu’ils peuvent y gagner. 

Theresa May a eu cette formule dure, les personnes qui sont bien partout, mais en fait people of nowhere, de nulle part. Il y a un divorce avec ceux sont scotchés quelque part, dans une situation sociale, dans un territoire, ce qui leur apparaît comme un destin. 

La limite de ce raisonnement est qu’un pays a besoin d’une élite et que c’est une catégorie sans contours réels. Entre quelques centaines et des millions, c’est large. Même s'il est faux de croire de tous les dirigeants économiques et politiques sont nés avec une cuillère d'argent dans la bouche, la vraie question est celle de la mobilité sociale, de l’ascenseur, de sa réalité et du ressenti de ce qu’il est. 

On ne se demande pas assez pourquoi les revenus énormes des sportifs ne sont bizarrement pas remis en question : peut-être parce que les chances apparaissent égales, chacun peut accéder au paradis.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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