Vous avez demandé à trois économistes de rédiger la déclaration de politique générale que prononcera mercredi François Fillon à la tribune de l’Assemblée !

S’ils étaient à sa place, que feraient-ils ? Nous avons proposé à trois économistes connus d’analyser la situation et de faire des propositions. Il s’agit de Patrick Artus, directeur de la recherche de la banque Natixis, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, et Olivier Pastré, professeur à l’université Paris VIII. On va voir que ce qu’ils disent est aussi intéressant sur les économistes que sur la politique !

Que disent-ils ?

Le point clé est un grand pessimisme sur la situation : au niveau mondial, c’est la guerre économique et rien n’a été réglé depuis le début de la crise en 2007. Une crise qui est née du transfert des productions vers les pays émergents, les pertes de revenus dans les pays riches étant compensés artificiellement par du surendettement (public ou privé) -lui-même facilité par des politiques monétaires laxistes. Bref, ça continue et, pour l’avenir, ces économistes nous promettent désindustrialisation, excès de liquidité, mollesse de la croissance à cause du désendettement et flambée des prix des matières premières. Ce qu’ils disent de la France est que sa compétitivité s’est effritée depuis dix ans. Pas très gai !

Et du côté des propositions ?

Il y a d’abord ce qui concerne l’international. François Fillon, qui parle par la bouche (fictive) de nos économistes, annonce que la France va se battre pour que la BCE soit chargée de la politique de change de l’Europe. Le but est d’arrêter que l’euro soit la victime impuissante des fluctuations du dollar. Aujourd’hui, elle a pour seule mission de lutter contre l’inflation. En France, les économistes poussent à la baisse des dépenses publiques, mais dans le cadre d’une vraie réforme de l’Etat, et non plus à l’aveugle. Autres réformes envisagées : donner plus de moyens à l’éducation, diminuer les charges sociales sur l’emploi peu qualifié, aller vers une « flexi-sécurité » à la danoise en matière sociale et fusionner les aides à la reprise d’emploi. Voilà pour leur programme de gouvernement !

Tout cela est-il crédible ?

Ces économistes ne vont pas dans le détail des réformes à faire, leur discours reste assez général. Ils ne se risquent pas sur l’ISF ou le bouclier fiscal ! Pourquoi ? Peut être par humilité parce que leur métier n’est pas sorti indemne de la crise. Sans doute parce qu’ils savent bien, au-delà du jeu de l’exercice, que la politique est un autre métier. Mais certainement aussi parce qu’il y a quand même un certain désarroi chez les experts, qui voient bien que leurs logiciels doivent évoluer, à cause de la crise mais aussi à cause des bouleversements en cours.

La cartographie économique dans dix ans, l’avenir des classes moyennes, les inégalités, la mise en place ou non d’une régulation mondiale : pour résumer, ce qu’il faut faire, personne ne sait très bien. C’est vrai pour nos trois économistes, qui sont de tendance plutôt libérale, comme pour les autres. Tous ceux qui disent le contraire ne sont pas très crédibles.

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