Ce matin, 200 jours après l'élection de François Hollande, les deux angles morts de sa politique économique.

En 200 jours, et c'est normal, le tableau s'est précisé, des contraintes nouvelles sont apparues, le cap lui-même a changé. François Hollande a constaté que la conjoncture économique était plus fragile que prévue, que le départ de Nicolas Sarkozy ne suffisait pas pour que tout aille mieux et que les Européens ne l'attendaient pas comme le Messie. Bref, les choses sont compliquées. On va faire de la géométrie. Imaginez la politique économique comme un carré : deux angles sont identifiés, deux autres sont en revanche dans le flou.

Les choses sont claires sur les impôts et les déficits.

Premier angle : François Hollande assume la ligne de crête de la baisse du déficit public à 3% du PIB, et il assume un tour de vis fiscal comme jamais la France n'en a connu. La hausse dépasse les 30 milliards d'euros annoncés depuis juillet. C'est l'équivalent en prélèvements supplémentaires de la totalité du Budget de la Défense ou de deux fois ce que rapportent les taxes sur les carburants. Oui, c'est clair, surtout pour les très aisés, désormais plus taxés que partout ailleurs.

Deuxième angle de votre carré, la compétitivité.

La première surprise est venue du fait que Jean-Marc Ayrault a repris la mesure phare du rapport Gallois, la baisse des charges des entreprises - 20 milliards. La surprise d'hier est qu'il a avancé l'adoption au Parlement de ce dispositif par rapport à ce qu'il avait annoncé il y a quinze jours. Ce ne sera pas début 2013, ce sera maintenant. Moody's a peut-être pesé, mais le but est d'éviter que les députés PS modifient trop ce qui a été annoncé. On peut discuter du contenu, mais c'est assez clair aussi.

En revanche, ce qui l'est moins, c'est ce que veut faire le gouvernement pour la réforme du marché du travail.

Premier angle mort. Michel Sapin, le ministre du Travail, a donné jusqu'à la fin de l'année au patronat et aux syndicats pour conclure un accord. Objectif : assouplir les procédures collectives et sécuriser les personnes. Mais dire cela, ce n'est rien dire. Raccourcir les délais, alléger les procédures, protéger les emplois précaires : peut-être. Mais le gouvernement ne parle pas, le délai de décembre ne sera pas tenu et on ne sait pas ce qu'il veut. 200 jours après l'élection, c'est bizarre. Résultat, l'innovation a lieu chez Renault, qui négocie en Espagne et en France un deal moins de RTT ou de la flexibilité contre des emplois créés.

Et le quatrième angle, le second angle mort ?

C'est ce que veut faire François Hollande sur les dépenses publiques et la réforme de l'Etat. Sous pression, il a concédé récemment qu'il fallait faire des économies. Mais on n'en sait pas plus et personne n'a d'idée sur la façon dont cela se passera. Ni je peux vous le dire au gouvernement ni en dehors. Or, si la croissance reste faible, et comme le bouton impôt est enfoncé au maximum, c'est du côté des 1.200 milliards de dépenses qu'il faudra regarder. Des quatre angles de notre carré, c’est sûrement le plus aigu.

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