Vous commentez les projets économiques des deux finalistes de la primaire de la droite.

Chacun, depuis hier, scrute les différences entre celui de François Fillon et celui d’Alain Juppé. Mais le plus important est que, quel qu’il soit, le vainqueur portera à une élection présidentielle le projet de rupture le plus ouvertement libéral depuis peut-être les débuts de la Vème République et le plan Pinay-Rueff d’assainissement des finances. La référence habituelle est le programme Chirac-Balladur de 1986 mais il ne s’agissait que de législatives. Ce ne sont pas les mesures une à une qui renvoient à cette couleur libérale mais la somme de ce qui est présenté sur l’âge de la retraite, le nombre de fonctionnaires, le temps et le droit du travail, l’assurance chômage, l’ISF, les privatisations, et d’autres encore. C'est entrée, plat, fromage, dessert et café !

Qu’est-ce qui explique ce virage ?

C’est le constat que la France stagne depuis dix ans, son revenu par tête est le même qu’en 2008, le pays perd de l’industrie et le chômage n’en finit pas de ne pas baisser. La droite s’appuie sur les décisions radicales prises depuis quinze ans en Allemagne, en Grande-Bretagne, au Canada, en Suède et ailleurs, pour penser que le pays a besoin d’un choc et non plus de demi-mesures. Pour penser aussi que l’économie étouffe sous les réglementations, les dépenses publiques, les contraintes et que les solutions classiques des plans de relance ne marchent pas – c’est vrai que l’on a aujourd’hui un plan de relance monétaire énorme avec des taux d’intérêt bas et un plan Juncker de grands travaux, tout cela mouline à vide. Disons-le : une partie du diagnostic est exact.

Mais ces projets sont à rebours de ce que font les droites ailleurs.

C’est le paradoxe : le climat a changé sur la façon d’agir. Au niveau européen, la Commission vient de dire qu’il faut desserrer les budgets. A Londres, les conservateurs mettent l’accent sur le social après la colère du Brexit contre les excès du libéralisme. La droite française, elle, estime que la France n’est pas du tout dans cette situation d’excès, mais de pas assez de libéralisme parce que l’État y est plus gros que partout ailleurs - ce qui n'est pas faux. Mais à la primaire, elle a convaincu un électeur sur dix. On est encore loin de la moitié.

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