L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». Hier, 17 pays de l'OCDE, l'Organisation de Coopération et de Développement Economique, se sont retrouvés à Paris à l'initiative de l'Allemagne et de la France pour parler des paradis fiscaux. Cette fois, il ne s'agissait pas d'une réunion pour rien. C'est vrai que le sujet des paradis fiscaux au sens large, la quarantaine de micro-pays exotiques ou de plus grands Etats qui pratiquent le dumping fiscal et/ou le secret bancaire, ce sujet est sur la table depuis des années. Mais la nouveauté d'hier est que le ton des responsables politiques a changé, en tous cas en Europe. Franchement, jamais on avait entendu un ministre allemand des finances s'en prendre publiquement au Liechtenstein et à la Suisse dans les termes utilisés hier ! Jamais on n'avait entendu un chef de l'Etat français dénoncer le Luxembourg comme Nicolas Sarkozy l'a fait devant le Parlement européen ! Enfin, jamais, Bercy n'avait publié une liste exhaustive des paradis selon leur degré de coopération, en montrant du doigt Singapour et Hong Kong, mais aussi Andorre et Monaco qui nous sont proches ! C'est donc un vrai tournant politique dans le discours. La crise financière met ces paradis sur la sellette. Le hasard fait que la réunion d'hier était prévue depuis des mois mais il y a effectivement des liens. Le premier est que les pays où sont cultivés une fiscalité extrêmement attractive et le secret bancaire, hébergent des fonds financiers non régulés et non contrôlés pour un total d'environ 5.000 milliards de dollars selon l'OCDE, avec pas mal d'opacité. Toute évolution du système financier imposera davantage de transparence. Et puis, évidemment, les Etats « propres » lorgnent sur l'argent qui échappe à l'impôt, surtout en période de vaches maigres fiscales. Enfin, politiquement, il y a toujours l'envie de montrer du doigt des coupables dans la crise. Il y a donc une envie de réforme. Est-ce possible ? C'est bien sûr LA question parce que chaque pays est souverain. Alors, il y a une conjonction d'événements, une opportunité pour agir. Barack Obama, s'il est élu, a eu des propos assez fermes là-dessus et les Allemands sont très remontés contre les Autrichiens et le Liechtenstein. A priori, le message semble passer. Hier, le Premier ministre luxembourgeois a répondu à Nicolas Sarkozy que, non, son pays n'est pas un paradis fiscal, mais que, oui, le secret bancaire pouvait évoluer. Le prince du Liechtenstein a promis une meilleure coopération fiscale. Cela ira-t-il plus loin que des déclarations ? Ce n'est pas sûr. Pour l'instant, les 17 pays de l'OCDE ont seulement décidé d'établir une nouvelle liste noire. La Suisse ou le Luxembourg savent que les 27 auront du mal à se mettre tous d'accord pour leur imposer la levée complète du secret bancaire. Un accord international n'est pas pour demain. Un indice : des voix proposent de conditionner les aides aux banques que consentent partout les Etats à un contrôle sur leurs activités dans les paradis fiscaux. Ce serait radical, mais cette idée ne rencontre pas beaucoup d'échos pour l'instant. Conclusion, cela bougera, lentement, avec surtout des échanges d'informations, pas la suppression des paradis fiscaux. Mais deux remarques. Un : mettre sur le même plan la Suisse, le Luxembourg, les Bermudes et les Iles Caïman n'est pas le plus efficace pour avancer. Deux : les pays à fiscalité réduite prospèrent aussi, comme dirait M. de la Palice, parce que le niveau des impôts est plus lourd dans certains pays, c'est le succès de la Belgique ou de l'Irlande. En matière fiscale, pour un gouvernement, l'enfer c'est les autres et le paradis c'est chez lui. Eh bien, çà n'est pas plus vrai que l'inverse.

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.