On a beaucoup parlé ce week-end du rapport Gallois sur la compétitivité. Vous, c’est le tropisme français de la « rapportite » qui vous fascine !

Oui, on a parlé du rapport que doit remettre début novembre au gouvernement Louis Gallois, l’ancien patron de la SNCF et d’EADS. On en a parlé parce qu’il y a eu des fuites dans la presse sur son contenu. Il proposerait 30 milliards d’euros de baisse des cotisations sociales sur deux ou trois ans. Baisse financée par un cocktail de hausses d’impôt, TVA, CSG et fiscalité écologique. Il parlerait aussi d’économies dans les dépenses publiques et soutiendrait les gaz de schiste. La nouveauté est que pendant plusieurs semaines, dès que l’on parlait compétitivité, le gouvernement répondait : attendez le rapport Gallois ; depuis quelques jours, il répond : oui, bon, d’accord, mais il n’y a pas que le rapport Gallois dans la vie. En réalité, il se passe simplement ce qui se passe depuis toujours en France avec les rapports !

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire que le rapport Gallois ne dit pas ce que voudrait entendre le gouvernement ; et donc minimisons le rapport Gallois. La gauche n’est pas fana de la baisse des charges, et encore moins d’une hausse de la CSG, qui pèserait sur la consommation. D’où le déplacement à vitesse grand V du discours. Oublié le choc de compétitivité, vive la compétitivité hors coût, l’innovation etc. Le problème est que cela prend du temps pour produire des effets, beaucoup plus qu’une baisse des charges qui restaure les marges des entreprises.

Tout cela est très classique ?

Et même d’un classicisme désespérant ! Souvenons-nous de tous ces rapports, ces comités, ces commissions - ce que j’appelle la « rapportite », maladie récidivante - : le rapport Attali, le rapport Pébereau sur la dette, le rapport Thélot sur l’école, autrefois le rapport Charpin sur les retraites ; Des bons rapports mais avec lesquels les gouvernements ont pris leurs distances ou qu’ils ont enterrés.

Un rapport, ce n’est pas l’alpha et l’oméga !

C’est étrange de dire cela. Car si on demande à un expert, c’est qu’il sait quelque chose. Certes, tout n’est pas à prendre. Mais si Louis Gallois, homme de gauche, homme dont la légitimité industrielle et morale est indiscutée, (si Gallois) dit quelque chose à la gauche, la gauche ne devrait pas l’écarter facilement même si cela ne l’arrange pas politiquement. Qui, au gouvernement, à l’Elysée, à Matignon, peut dire : je sais mieux que M. Gallois ce qui est bon pour l’industrie ? Il n’a pas raison sur tout, mais ce qu’il dit ne peut pas être balayé d’un revers de la main AVANT même qu’il ne l’ait dit. Cela montre que le sérieux de la situation n’est pas perçu et que François Hollande hésite à faire des choix difficiles et profonds de réforme.

Encore un mot sur la "rapportite" ?

Oui, les Français, les médias, adorent les rapports parce qu’ils leur permettent de discuter de concepts, présentés en 200 pages sur papier blanc avec beaucoup de graphiques. Ce qu’on en fait, l’exécution, intéresse beaucoup moins. C’est vulgaire ! Dommage parce qu’en Allemagne, c’est l’inverse.

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