Ce matin : la logique vertueuse du dialogue social chez le groupe PSA.

Coup sur coup, Renault au printemps, puis le groupe PSA ces heures-ci ont conclu des accords sociaux difficiles mais novateurs et utiles. Pour préserver l’emploi et la production en France, ces deux grandes entreprises ont dû remettre en cause des acquis sociaux. Ils n’avaient pas le choix mais c’est évidemment signifiant : Renault a longtemps fait figure de vitrine sociale de notre pays. De quoi parle-t-on concrètement ? L’accord PSA gèle les salaires pendant un an, il met en place de la souplesse sur les RTT (jours de réduction de temps de travail), il accroît la flexibilité et prévoit 2.500 départs de seniors. Chez Renault, le passage de 32 à 35 heures est quant à lui acté. Tout cela n’est pas rien. Mais tout cela n’est pas pour rien. Chez Renault, on fabriquera des voitures Nissan sur notre sol. Chez PSA, en 2016, un million de véhicules seront produits ici, soit le double de la firme au losange. Ce sont de vrais deals.

Dans les deux entreprises, la majorité des syndicats ont topé.

Ils ont topé parce qu’ils connaissent la situation de leur secteur, la violence de la crise et savent que, au moins dans le cas de PSA, le groupe n’est pas seulement le dos au mur, il est devant un précipice. Chez le Lion, la prise de conscience est accélérée par les discussions en cours avec le chinois Dongfeng qui entrera peut-être au capital. Attention, ces deux accords n’ont juridiquement rien à voir avec l’accord national sur l’emploi du début de l’année, l’ANI, dont le gouvernement vante les mérites. Sauf que le climat a changé et que le gouvernement offre sa bénédiction à ces accords. Avec un gouvernement de droite, cela aurait sans doute fait davantage de ramdam.

Mais il reste, selon vous, un fossé entre ce à quoi sont prêts les syndicats dans les entreprises et au plan national.

C’est frappant. Chez Sanofi, Plastic Omnium, Air France et donc l’automobile, des accords sont signés pour sauver des emplois et gagner en compétitivité. On trouve les signatures de la plupart des syndicats, y compris la CGT et Force Ouvrière. Et pourtant, ces deux là refusent, ces dernières années, de s’engager au plan national. On est donc dans la schizophrénie totale. Pour le dire crument : la maturité n’est pas la même ici et là ; d’un côté, on cherche à garder les mains propres au plan national, sous le regard des médias ; de l’autre, on laisse les syndicalistes de terrain se salir les mains. A Paris, les acquis ; au terrain, les risques. La CFDT, elle, a fait cette mue de la crédibilité sur les retraites, elle y a perdu des plumes mais y a gagné de la considération. Mais bien malin qui comprend la stratégie de FO. Tandis que la CGT dit la plupart du temps non. Ces deux syndicats, sans s’en rendre compte, font exactement ce qu’attend le patronat, délégitimer les négociations nationales pour que seules celles du terrain comptent. On verra dans les prochains mois, sur l’assurance-chômage, sur la formation professionnelle, si le dialogue social est capable d’être aussi adulte au plan national que sur le terrain.

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