Vous revenez sur les réactions suscitées par le décès de Christophe de Margerie.

Ce qui s’est passé est intéressant. Ce qui a surpris, c’est l’ampleur des hommages, l’importance qu’a pris en France cet événement. C’est totalement inhabituel pour un responsable d’entreprise. Que la radio BFM-Business fasse une spéciale de trois heures hier matin, c’est normal ; qu’une bonne partie des patrons du CAC40, que le hasard avait réuni hier matin à 8 heures au siège de l’Afep, leur association, (que ces patrons) marquent une grosse émotion, c’est normal ; Que Les Echos fasse sa Une ce matin, c’est normal. Mais c’est allé plus loin. Les télés en continu y ont consacré des heures ; et le 20 heures de France 2 un gros quart d’heure ; TF1 à peine moins.

Et alors, pourquoi tant d’intérêt ?

Il y a le côté chaleureux de Christophe de Margerie ; il y a la cause accidentelle de sa disparition ; il y a l’importance de l’entreprise Total : 190 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit les deux tiers des recettes fiscales de l’Etat ! Sans oublier que l’énergie est un secteur qui parle à tout le monde. Mais quand même ... La France, pays étrange où l’on glorifie les patrons, où même on les remarque, une fois qu’ils meurent. Margerie, comme d’autres disparus avant lui, n’a jamais eu droit de son vivant à tant d’éloges mais surtout à des critiques... Aujourd’hui, on entend parler de la puissance utile de Total à la France -et tant mieux- ; mais jusque-là, faire l’éloge de Margerie ou d’un autre grand chef d’entreprise, c’était courir le risque d’un procès en complicité avec le grand patronat. J’exagère ? A peine !

Les réactions des responsables politiques vous ont aussi amusé !

Ah oui, formidables ! Parce qu’elles montrent un double discours. La plupart y sont allés de leur déclaration... « grand dirigeant, vision large, humain ». Etc. Et là, on découvre que beaucoup d’entre eux le connaissaient très bien, déjeunaient avec lui, dînaient peut-être, le rencontraient en tous cas et y trouvaient un intérêt, et avaient des points d’accord avec lui sur l’énergie, le pétrole, voire peut-être même le gaz de schiste -allez savoir. Mais la plupart se seraient fait couper en morceaux plutôt que le reconnaître. Total, ça sent le soufre ! Là encore, pays étrange où il est de bon ton de tomber publiquement à bras raccourcis sur les multinationales. C’est paraît-il ce que voudrait l’opinion… mais on le voit, ça n’empêche pas de discuter en privé. Si on pouvait sortir de cette schizophrénie vis-à-vis de nos grands patrons (qui ne méritent bien sûr pas que des éloges) avant qu’ils meurent, ce serait bien.

François Hollande a été à votre avis le plus clair sur ce point.

Oublions qu’à l’été 2002, il n’avait même pas salué par un communiqué la mémoire de Patrick Ricard, décédé brutalement. Mais hier il a invité les Français à reconnaître le travail fait Margerie en particulier, et les grands patrons français en général.

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