L'Edito éco de Dominique Seux, du journal "Les Echos". Le gigantesque plan de sauvetage du système bancaire américain va-t-il suffire à enrayer la crise financière ? Ce week-end, j’ai fait un rêve, expression très en vogue dans la campagne électorale américaine. You had a dream... Un rêve économique... Oui j’ai rêvé qu’après la semaine absolument folle que la planète financière a vécu, la crise était finie et surtout qu’elle servira à quelque chose. Alors, d’abord, après être passé très près du précipice, s’en est-on éloigné ? Sur ce point, la réponse est probablement oui. Le plan du gouvernement américain, qui va racheter les créances immobilières douteuses des banques et des établissements financiers à hauteur de 700 milliards de dollars, 2.000 dollars par Américain, est une opération de sauvetage sans précédent. Ce plan coupe les branches mortes. Mais j’ai dit oui probablement, parce qu’après l’euphorie de vendredi, les places boursières peuvent encore jouer au yo-yo au fur et à mesure que les détails du plan arriveront. Il faudra du temps aussi pour que le robinet du crédit entre banques se rouvre. Et puis l’étendue exacte du risque immobilier n’est pas connue. Combien de ménages américains n’arriveront pas à rembourser leurs emprunts sur leurs maisons ? Au passage, la morale exige qu’eux aussi soient protégés. Et puis il faudra corriger un système qui a échoué. On doit rêver que cette crise serve vraiment à quelque chose. Ce sont les excès du capitalisme financier qui sont en cause, avec une arrogance d’un certain nombre d’acteurs, des techniques sophistiquées aussi, que l’Europe a dénoncées, mais pas suffisamment. On doit reconnaître que Nicolas Sarkozy l’a dit assez tôt. Naturellement, les fautifs devraient payer à un moment ou à un autre. C’est déjà le cas pour les actionnaires de Lehman Brothers ou de Freddie Mac et Fanny Mae, les réassureurs immobiliers. Mais le coup d’éponge passé par le gouvernement américain laissera quand même un goût un peu amer sur ce plan-là. Pour le reste, tout le monde réclame plus de régulation, c’est le mot à la mode. Il n’est pas sûr qu’on ait manqué de régulation, on a manqué de régulateurs efficaces et en mesure de se faire entendre. Est-ce que tout cela va changer le fonctionnement du capitalisme ? Il faut espérer un vrai retour de balancier vers davantage de modération, un peu la revanche de l’économie réelle, celle des entreprises industrielles et de services. En même temps, de la même manière que la fin du communisme n’a pas marqué la fin de l’histoire, la fin de Lehman Brothers ne marque pas la fin du capitalisme. L’économie a évidemment besoin de la finance, les innovations financières ont servi la croissance. Et ce sera encore le cas demain. Peut-on rêver que l’économie réelle ne soit pas trop touchée par cette crise ? Non, bien sûr, on l’a suffisamment dit. Mais il y a quelques signaux positifs. Notamment la baisse du prix du pétrole, qui a chuté autour de 100 dollars, et des autres matières premières alimentaires. Le pic d’inflation est dépassé. Avant l’été, on craignait la stagflation, c’est à dire la stagnation et l’inflation, maintenant, on en revient à la seule stagnation. Ce n’est pas formidable mais cela pourrait faciliter, si ça se confirme, une politique économique plus active, par exemple sur les taux d’intérêt de la BCE. Vous voyez, on peut toujours rêver. Promis, demain, je me réveille et reviens à la réalité !

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