**L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». Le sommet sur le climat, l’assemblée générale de l’ONU et le G20 ne sont pas les seuls rendez-vous internationaux de cette semaine : il y a aussi les élections allemandes.Oui, il est probable que si un institut de sondage interrogeait les Français, ce rendez-vous serait peu mentionné. Il est même certain que si le même institut leur demandait le nom du candidat qui veut remplacer à la chancellerie Angela Merkel, celui de Frank-Walter Steinmeier ne serait pas beaucoup cité. Ainsi vont le monde et l’Europe : les élections générales de la troisième ou quatrième puissance économique de la planète n’intéressent personne ou presque. Pour être honnête, il y a des raisons à cela. D’abord politiques. Angela Merkel, c’est presque sûr à 100%, se succédera à elle-même, la question principale étant de savoir si les chrétiens –démocrates seront alliés avec les libéraux – ce qu’elle préférerait - ou, à nouveau, avec les sociaux démocrates. Il faut reconnaître, aussi, que cette campagne dégage un ennui total. Tous ceux qui ont regardé le seul débat télévisé entre les deux chefs de file ont failli s’endormir, chacun vantant le bilan de la grande coalition qu’ils ont dirigée ensemble depuis quatre ans ! Cette reconduction d’Angela Merkel n’est-elle pas étonnante avec la crise ?A priori oui. L’Allemagne enregistrera cette année une chute de l’activité de 5%, un très mauvais score, plus du double de la France. Dans ces conditions, la chancelière devrait être sanctionnée. Pourquoi ne l’est-elle pas ? Outre la personnalité un peu falote de Steinmeieir, son calme dans la tempête paie certainement. Elle rassure. Et puis, paradoxalement, son bilan n’est pas mauvais. Malgré la crise, il y a encore un million de chômeurs de moins qu’il y a quatre ans ; la compétitivité de l’industrie a été renforcée par la baisse des cotisations sociales, contrebalancée par la hausse de 3 points de la TVA. Plus douloureux, l’âge de la retraite a été porté de 65 à 67 ans. Donc, il s’est passé des choses. b> L’avenir est rose pour le prochain chancelier ?Pas vraiment, en fait. Tout le monde soupçonne des révélations difficiles sur la situation des banques après les élections. Le chômage devrait, lui, s’enflammer, parce que les entreprises ont recouru massivement au chômage partiel, mais elles arrivent au bout de ce qu’elles peuvent faire. Et puis, plus profondément, les salaires ont été tellement comprimés ces dernières années que la croissance allemande s’appuie sur le commerce mondial, pas la consommation intérieure. Une illustration : 50% des achats courants se font dans des magasins hard discount comme Lidl et Aldi, c’est dire. Il y a aussi la démographie…Ces données sont archi-connues : il y a 82 millions d’Allemands aujourd’hui, mais, à cause de la natalité très faible, il y en aura peut-être une dizaine de moins dans 40 ans. Dès aujourd’hui, un électeur sur trois est retraité. Au fond, depuis 50 ans, l’Allemagne a accompli un effort immense pour projeter ses forces commerciales et technologiques à l’étranger, elle est le premier exportateur mondial ; depuis vingt ans, elle a réalisé l’exploit politique et économique de sa réunification avec l’Est. Mais aujourd’hui, c’est aussi un pays qui est épuisé de l’intérieur. Après l’été, attention à l’automne.**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.