Hier, Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, a obtenu des avancées sur les frais bancaires. Peut-on y croire ?

Avant de répondre, rappelons les mesures. La plus symbolique est l’obligation, dès la mi-2011, d’envoyer aux clients des banques un récapitulatif mensuel de leurs frais. Aujourd’hui, ce relevé est annuel. Deuxième point, pour faciliter les comparaisons, les banques devront annoncer leurs tarifs pour dix services standards. Plus question de se cacher derrière des énoncés plus ésotériques les uns que les autres ! Ensuite, les forfaits (packages, associant plusieurs produits et services (carte bancaire, autorisation de découvert, etc.) devront garantir qu’ils sont plus avantageux que le total de chaque service à l’unité. Enfin, un dispositif sera prévu pour les publics "fragiles". Sur le fond, la question des frais bancaires est forcément une pomme de discorde entre les clients et les banques. Les premiers ne voient pas pourquoi ils payent pour utiliser leur propre argent. Les secondes doivent bien se financer.

Les banques françaises sont-elles vraiment plus chères que les autres ?

Sur les frais, oui. En France, on dépense en moyenne 157 euros par an (13 euros par mois) en frais, 14% de plus qu’ailleurs. Comment s’explique la (petite) différence ? La concurrence se fait en France sur les crédits immobiliers, qui sont effectivement moins chers qu’ailleurs. Mais les banques se rattrapent quelque part, et ce quelque part, c’est la banque au quotidien. Et dans ce domaine, la stratégie est de proposer de plus en plus de "ventes croisées", c’est-à-dire des forfaits sur lesquels la marge est faite. Si on ajoute que les chèques restent largement gratuits (et que c’est rare en Europe), voilà l’analyse que livrent la plupart des études sur le sujet. Ce n’est pas une excuse, juste une explication !

Et donc ces mesures sont-elles efficaces ?

J’entends d’ici le scepticisme des auditeurs ! Quatre choses.

Un : La transparence est bonne à prendre, elle peut accroître la concurrence. Les clients ont toujours la liberté de changer de banque. Chaque année, moins d’un Français sur huit le fait.

Deux : le sujet clé est celui des forfaits. C’est comme un menu au restaurant sauf qu’au restaurant, le client consomme tous les plats alors que dans les forfaits, on lui vend parfois des plats dont il n’a pas besoin (les chèques de banque par exemple). Ce sera l’évolution à surveiller le plus.

Trois : attention à ne pas vouloir tout et son contraire : on veut que les banques jouent moins sur les marchés financiers mais on veut serrer leurs marges sur la banque de détail ! Quatre : Ces gestes des banques font partie d’une négociation bien plus large avec l’Etat, négociation sur les bonus, sur leur taxation notamment. On fera le bilan à la fin !

Christine Lagarde tirera-t-elle profit de son volontarisme ?

Quand on voit la façon dont elle occupe soigneusement à la fois le terrain de la négociation économique internationale et celui des sujets hyper concrets et "grand public" comme les frais bancaires, on se dit qu’elle a déjà battu les records de longévité au ministère des Finances de Raymond Barre et Dominique Strauss Kahn mais qu’elle a envie d’en battre d’autres !

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