Le patronat et les syndicats vont décider aujourd'hui de poursuivre leurs travaux ouverts cet été. Objectif probable : établir des recommandations utiles aux petites entreprises.

Le patronat et les syndicats vont accoucher aujourd’hui d’un diagnostic partagé sur le télétravail. Ils y travaillent depuis plusieurs semaines, et ils ont raison parce que c’est une des traces les plus fortes que laissera la crise de la Covid 19 dans la société française. Des millions de personnes ont découvert le télétravail, et chacun sait, entreprises comme salariés, qu’une fois le virus disparu, il n’y aura pas de retour à la situation d’avant. C’était vraiment il y a un siècle : en 2017, 3% seulement des salariés étaient concernés. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises et d’administrations cherchent à organiser la suite, sur le terrain. 

Mais voilà, une question est posée. Faut-il une négociation nationale entre le patronat et les syndicats pour donner des orientations et tracer des limites ? Les syndicats sont pour, le patronat est plutôt contre, mais il fera aujourd’hui un geste en ce sens, vers les syndicats. Pourquoi est-il contre ? Parce qu’il estime que l'accord de 2005 est claire, et que ce sont des accords d’entreprise et de branche qui doivent régler des problèmes concrets : combien de jours télétravaillés, qui paie l’ordinateur, quel management, etc. En réalité, le patronat a tort, la révolution est suffisamment importante pour qu’il existe des indications (pas forcément des prescriptions), des indications nationales, ne serait-ce que pour aider les centaines de milliers de très petites entreprises.

Car le télétravail est une triple révolution. Technologique : et on a ici une pensée désolée pour tous ceux qui étaient il y a quelques années contre le Wifi, la 4G, la fibre, bref le progrès. Suivez mon regard. C’est une révolution mentale : il faut se faire confiance. Et une révolution managériale. Au total, c’est une révolution bénéfique (y compris pour le climat) mais pas sans risque : si un salarié d’une société bordelaise travaille à 100 kms, pourquoi pas à Bangalore ? 

Le groupe PSA est, on le sait, est pionnier. Début septembre, le télétravail à 3 jours et demi ou 4 jours par semaine est devenu la règle pour 18.000 salariés français – sauf pour la production. Si on calcule bien, cela fait un jour et demi à deux jours seulement dans l’entreprise. Les salariés sont demandeurs, sous conditions, et PSA va réduire le nombre et la taille de ses 400 sites en Europe. L’ultime révolution est que le domicile devient le vrai bureau puisque plus personne n’a de poste attribué, c’est le flex office. Carlos Tavares, patron de PSA, qui lui aussi télétravaille régulièrement, est certainement le seul PDG dans ce cas. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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