Quelles sont les premières conséquences économiques de la fin du régime de Mouammar Kadhafi en Libye ?

C'était un peu la fête au pétrole hier. Les prix ont baissé en Europe. Et les majors pétrolières ont mené la danse en Bourse. Le français Total, bien présent en Libye, a par exemple pris plus de 2%.

Alors bien sûr, il ne s'agit que des marchés financiers. Mais c'est vrai que sur un marché du pétrole plutôt tendu, le retour espéré de la paix en Libye apaise la donne. Le baril de brent revient vers les 100 dollars alors qu'il avait bondi jusqu'à 127 dollars quand les combats faisaient rage du côté de Benghazi au printemps dernier.

Ca peut paraître étrange, car la Libye est un petit producteur. Avant les événements de cette année, elle faisait à peine 2% de la production mondiale. Mais sur le pétrole, on en est à 2% près. La pénurie est un scénario tellement inacceptable que le moindre accroc fait flamber les prix.

La production va repartir dès la fin des combats ?

A vrai dire, on ne sait pas très bien. Dans trois mois ? Six mois ? Plus d'un an ? Les experts s'affrontent sur la question.

Hier, je vous disais que les puits de pétrole avaient été peu touchés. On n'a pas vu les énormes incendies qu'il y avait eu par exemple au Koweit, où plusieurs centaines de puits avaient été enflammés par les troupes de Saddam Hussein en déroute.

Mais ça ne suffit pas. Le pétrole, il faut ensuite le transporter, le charger sur des navires. On sait par exemple qu'il y a eu des combats acharnés autour du terminal de Brega, mais on ignore l'ampleur des dégâts. Il faudra du temps pour mesurer tout ça.

Et puis il ne suffit pas d'arrêter les combats. Le pays connaît une révolution politique qui pourrait remettre en cause les contrats passés avec les compagnies étrangères. Les gouvernements des pays qui ont participé aux opérations aériennes contre les forces de Kadhafi ont tenté de verrouiller auprès du Conseil national de transition les accords signés avec le régime du colonel. Mais il y a toujours un risque.

Si les choses se passent bien, les prix vont-ils beaucoup baisser ?

C'est sûr que si la Libye produisait demain deux millions de baril par jour et que les pays développés tombaient en récession, on pourrait avoir une chute brutale. Je vous rappelle que début 2009, le baril était descendu aux alentours des 30 dollars alors qu'il flirtait avec les 150 dollars six mois plus tôt.

Mais ce scénario n'est pas le plus probable. Effondrement, non. Tassement, pourquoi pas. Ca serait plutôt la poursuite de la tendance récente, avec les doutes sur la croissance en Europe et en Amérique. En France, les prix à la pompe ont d'ailleurs commencé à baisser la semaine dernière.

Je vous sens un peu sceptique sur la baisse des prix du pétrole.

Pour au moins deux raisons. D'abord, la production mondiale plafonne depuis maintenant six ans un peu au-dessus de 80 millions de barils par jour.

Malgré ce que racontent certains pétroliers, j'ai tendance à croire qu'ils auront du mal à produire beaucoup plus alors que la demande, elle, va augmenter dans les pays émergents.

Offre qui stagne + demande en hausse = poussée des prix

Ensuite, il y a ce qu'on pourrait appeler la facture du printemps arabe. Pour éviter d'être pris dans la tourmente qui a déjà emporté les dirigeants de la Tunisie, de l'Egypte et maintenant de la Libye, les émirs du Golfe mettent le turbo sur les dépenses sociales.

L'Arabie Saoudite a prévu un énorme plan de 130 milliards de dollars sur cinq ans. Et du coup, elle aurait besoin d'un baril à 90 dollars pour équilibrer son budget. Comme l'Arabie a les plus grandes réserves au monde, on pourrait bien voir apparaître un plancher autour de 100 dollars.

Si j'avais un seul message à faire passer auprès des auditeurs cette année, c'est celui-ci : habituez-vous à l'idée que l'énergie va coûter de plus en plus cher.

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