Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé hier une baisse des taxes sur le carburant. Or vous expliquiez il y a quinze jours qu’il était peu probable que le gouvernement gèle les prix de l’essence. Vous nous devez une petite explication. Alors là, c’est très simple, il suffit de raconter l’histoire. Pendant la campagne présidentielle, les prix du pétrole grimpaient et ceux de l’essence aussi. J’ai tendance à y voir l’une des explications du bon score de Marine Le Pen, qui a obtenu beaucoup de voix aux alentours des villes, là où les gens ont peu d’argent et beaucoup besoin de la voiture.François Hollande a senti le sens du vent et promit alors un gel du prix des carburants. Au moment où il est élu, les cours pétroliers baissent, la promesse disparaît. Mais depuis, ça remonte. Début août, le ministre de l’Economie déclare qu’il n’exclut aucune action y compris le fameux gel. Je viens alors vous expliquer que ça coûterait trop cher, même si le gouvernement pourrait ôter quelques plumes sur la poule aux oufs d’or que constitue la fiscalité sur les carburants. C’est précisément ce qu’a annoncé hier le Premier ministre : pas de gel, mais une baisse modeste et provisoire des taxes sur le carburant. L'action est symbolique. Pourquoi tant de prudence ? Parce qu’on est ici dans les très grandes masses.Les impôts sur les carburants ont récolté en tout 35 milliards d’euros l’an dernier. La seule taxe intérieure sur les produits pétroliers est le quatrième impôt de l’Etat, derrière la TVA, l’impôt sur les revenus et celui sur les sociétés. Ici, les pourcents pèsent des milliards. Faisons un chiffrage au doigt mouillé. Une baisse de 8 centimes par litre et donc modeste, pendant trois mois et donc provisoire, c’est 1 milliard de moins dans les caisses de l’Etat. Evidemment, les automobilistes seront éternellement reconnaissants au gouvernement de ce geste magnanime, sauf que son impact sur le prix du litre peut être effacé en quelques jours par une flambée du pétrole qui pourrait provenir d’une offensive d’Israël en Iran, ou d’une explosion au Nigéria, ou d’une tension politique en Arabie saoudite. L’effet positif dans le cour ou le portefeuille des automobilistes serait instantanément effacé tandis que l’effet négatif dans les comptes publics plomberait la dette publique qui n’a pas besoin de ça.Mais il n’y a pas que le levier des taxes pour peser sur le prix de l’essence… Vous avez tout à fait raison Bruno. Le Premier ministre a d'ailleurs précisé hier qu’il demanderait des efforts aux producteurs et aux distributeurs. Mais les efforts seront fatalement limités. Raisonnons sur le carburant le plus brûlé en France, le gazole, avec des chiffres plus précis que la dernière fois. La semaine dernière, un litre valait en moyenne 1,45 euros. Là-dedans, il y a 68 centimes de taxes, soit une petite moitié. Et puis 8 centimes pour le transport et la distribution. Comme les carburants servent de produit d’appel pour les supermarchés qui sont prêts à les vendre à prix coûtant, les marges ne sont pas bien élevées. En continuant de remonter la chaine, il y a 10 à 15 centimes pour le raffinage. Ce chiffre a beaucoup augmenté ces derniers mois, mais on peut difficilement convaincre des investisseurs d’acheter la raffinerie de Petit-Couronne, ou celle de LyondellBasell à Berre, en leur demandant en même temps de réduire leurs marges. Et puis encore en amont, il y a le pétrole, un peu plus de 60 centimes par litre, entièrement fixé sur les marchés mondiaux. Et vous en concluez ? « Faire baisser le prix des carburant ne fait pas partie du rôle du gouvernement ». Ce n’est pas moi qui le dit, c’est ce qu’a déclaré hier le porte-parole du gouvernement. Non Najat Vallaud-Belkacem mais Steffen Siebert, puisqu’il s’agissait du porte-parole du gouvernement… allemand.

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