A un peu plus d’un mois des législatives outre-Rhin, le scandale des moteurs diesel truqués s’invite dans la campagne électorale.

Au point que les géants de l’auto, en tout cas leurs dirigeants, deviennent la cible du monde politique. Martin Schulz, tête de liste du SPD: le parti social-démocrate et challenger n°1 d’Angela Merkel, a été le premier à hausser le ton en dénonçant « les managers de l’industrie automobile allemande (qui) s’intéressent plus aux profits de court terme qu’au succès de long terme et à la protection durable des emplois de leur personnel ». Sortie ponctuée d’un « moi, les conducteurs de Golf m’intéressent plus que les joueurs de golf » ! Mais Angela Merkel n’est plus en reste. Elle a parlé de rupture de confiance, s’est dite « vraiment en colère » et a aussi mis en garde contre les bonus des patrons des constructeurs. Un changement de voie brutal pour celle que l’on surnomme la « Chancelière de l’auto ». 

Pourquoi un tel revirement ?

Le déclencheur, ce sont de nouveaux développements dans le « Dieselgate ». Des soupçons de cartel entre les constructeurs révélés par l’hebdomadaire Der Spiegel, ou encore le fait que Volkswagen offre à ses clients américains une réparation gratuite et d’une compensation de 5 000 dollars alors qu’il n’y a rien de tel en Allemagne, d’où un sentiment d’injustice. Par ailleurs, les propriétaires de Diesel voient fondre la valeur de leur très chère auto… Bref, Le vent tourne. Et la récente concession des constructeurs, prêts à remettre à jour à leur frais les logiciels des moteurs des clients allemands, ne semble pas à même d’inverser la tendance… 

Il faut attendre une réglementation plus dure ?

Nous n’en sommes pas là. Au contraire, l’une des priorités d’Angela Merkel est d’éviter les interdictions de circulation des voitures diesel dans les villes allemandes, bien que les émissions polluantes y dépassent les normes européennes. Il y a bien la ministre de l’environnement, SPD, du gouvernement de coalition, qui durcit un peu plus le ton que la chancelière. De bonne guerre avant l’élection… Mais aucun des grands partis n’évoque par exemple un abandon programmé du moteur à combustion.

Il faut dire que la voie est étroite pour les élus, avec une industrie auto pesant plus de 800 000 emplois en Allemagne. Angela Merkel n’est pas la seule que cela incite à la prudence. Des élus influents du SPD siègent au conseil de surveillance de Volkswagen, à travers la participation du land de Basse Saxe dans le groupe. Et même le président écologiste du Bade-Wurtemberg, tout en plaidant pour la voiture électrique, se garde bien de fragiliser Daimler, autrement dit Mercedes, qui a son siège dans son Land. Autant dire que la Realpolitik automobile a de beaux jours devant elle.

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