L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ___Hier, le Fonds Monétaire International a revu à la baisse ses prévisions pour l’économie mondiale. C’est la troisième fois depuis le début de l'année, et l’impression qui domine est que le FMI a douché hier les espoirs de ces dernières semaines, même si on va voir que c’est plus compliqué. Les nouvelles prévisions sont plus noires que noires. Pour le FMI, la crise n’est pas du tout terminée et de toute façon, quel que soit l’endroit où on se place sur la courbe qui va du pessimisme à l’optimisme, l’année 2009 restera dans le livre des records. Comme l’année de la première récession mondiale depuis 60 ans, avec un recul de l’activité économique de 1,3%. On s’en doutait, mais à la fin avril, c’est maintenant une certitude. Le chiffre qui nous concerne directement, celui de la prévision pour les pays développés, est une récession de 3,8%, avec une croissance zéro en 2010. Ce qui veut dire que la reprise sera lente. En cause, toujours la même chose, l’assainissement des banques pas terminé. Et tant que cela ne sera pas fait, les moteurs ne redémarreront pas. Ces prévisions n’annulent pas pour autant les signes d’espoirs dont on parle depuis trois semaines. Et c’est ça qui est intéressant. D’abord parce que le dernier trimestre 2008 a été désastreux, que les trois premiers mois de 2009 ont poursuivi sur la lancée et que ces six mois suffisent à « plomber » l’année entière. Ils donnent en quelque sorte de l’élan. Mais surtout parce que le message du FMI est inquiétant pour nous, les Européens. Oui, il y a des signes positifs, en Chine et aux Etats-Unis. Et le résultat est que les Etats-Unis vont s’en tirer, si on peut dire, avec une récession de 2,8%. Tandis qu’en Europe, elle sera de 4,2%. Le vieux continent est le continent le plus atteint, avec un pays qui l’est particulièrement, l’Allemagne, avec deux ans de récession, dont une de 6% cette année. La France ne serait pas la plus touchée, -3%, mais fanfaronner avec ce chiffre ne rime à rien. L’Europe est la plus touchée parce qu’elle est la plus ouverte au commerce mais aussi parce qu’il n’y a pas un seul poste de commandement. Ces prévisions « relancent » le débat sur « la relance ». Le FMI continue de penser qu’il faut que l’Allemagne, qui en a les moyens, dépense plus d’argent pour soutenir son économie et, même si ce n’est pas dit comme cela, soutenir l’économie européenne. Mais il est peu probable que ce sera dit ce week-end à Washington, où il y aura une réunion des ministres des finances du G20. Pourquoi ? Parce qu’il y a deux camps toujours opposés. Comme les Américains, les Anglais ont décidé de mettre beaucoup d’argent sur la table. Ils ont baissé la TVA et, hier, ils ont présenté un budget de guerre contre la crise, avec une prime à la casse mais surtout un déficit énorme de 200 milliards d’euros, 12,5 % du PIB, qui ne les empêchera pas d’avoir une récession de 4% cette année. Les Allemands, de l’autre côté, jugent que rien ne peut stopper la crise, qu’elle doit « passer » mais que le vrai sujet est d’éviter la crise d’après, celle de la dette publique. On a vraiment deux logiques. Concernant la France, personne ne lui demande grand-chose : elle est entrée dans la crise avec des déficits et une dette élevés qui ne lui laissent aucune marge de manœuvre au moment où elle en aurait besoin.

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