Une question : quelle lecture économique des résultats du premier tour ? Sous l’angle économique, on peut regarder le total des voix obtenues par les candidats protestataires, anti-système, la France du non. C’est-à-dire les électeurs qui identifient la crise à la mondialisation, à l’euro, à l’immigration. Ceux, surtout, qui veulent un changement complet des règles du jeu, qui sont d’accord pour renverser la table. Cette France, dans les urnes, a représenté autour d’un tiers des suffrages. Plus qu’en 2007, mais moins qu’en 2002, une sorte de petit 21 avril. Cette situation intermédiaire est intéressante dans la crise la plus profonde depuis 1929.Dans le détail, qui la représente, cette France ? La France du non, c’est le total des voix obtenues par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon principalement, Nathalie Artaud, Nicolas Dupont-Aignan, Philippe Poutou secondairement. Elle se définit par opposition aux candidats dits « raisonnables », qui disent que tout n’est pas possible, les trois qui, par exemple sur les finances publiques, ont pris des engagements : les François – Bayrou et Hollande – et Nicolas Sarkozy.Et, donc, la lecture que l’on peut en faire ? Après la crise économique, financière, industrielle, la plus profonde depuis 80 ans, les candidats « classiques » totalisent les deux tiers des voix. Les « révolutionnaires » - mot pris au sens large - ne dominent pas, et font moins qu’il y a dix ans alors que la situation est plus grave. C’est a priori surprenant quand on voit ce qui se passe dans d’autres pays européens ou avec le Tea Party aux Etats-Unis. L’explication est 1 - qu’il y a une demande de résultat de la part des électeurs – pas de rêve – et 2 - que les grands partis de gouvernement ont repris à leur compte des idées considérées comme impensables il y a dix ans seulement. Nicolas Sarkozy assume le mot de protectionnisme européen voire français, François Hollande veut taxer à 75% les revenus les plus élevés, tous deux attaquent la finance. C’est le tournant idéologique de la présidentielle, le plus important je crois. L’autre conclusion est l’échec du candidat qui faisait de la rigueur sa colonne vertébrale, François Bayrou. Cela n’intéresse pas.Que disent encore les chiffres ? Deux choses, plutôt arithmétiques qu’économiques. Un : la droite est à l’Elysée depuis 1995, dix-sept ans, à Matignon depuis 2002. La dynamique est forcément du côté de l’opposition, surtout en période de crise. Deux : c’est l’espoir du président sortant, il jouait jusqu’à maintenant à un contre neuf, maintenant ce sera un contre un. Il rêve qu’une nouvelle dynamique tue l’arithmétique. Il se passera des choses. Son problème est que les additions sont à gauche et les divisions à droite.

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