Les Echos, votre journal, publie un dossier sur le nouveau visage du capitalisme français.

Et ce dossier met en évidence un paradoxe qui n’en finit pas de surprendre. Les grandes entreprises françaises n’ont jamais été aussi mondiales, internationales ; et en même temps, la France reste le pays où la mondialisation suscite le plus d’inquiétudes, d’hostilité dans la population et chez les responsables politiques. Au pays de Descartes, c’est une vraie contradiction. Peu de monde sait que la France place aujourd’hui huit de ses entreprises dans le palmarès des cent premières mondiales : c’est plus que l’Allemagne et que la Grande-Bretagne.

Ce qui frappe, c’est donc cela, que les grands groupes tricolores naviguent sous toutes les latitudes ?

Oui. Je ne vais pas vous assommer de chiffres. Mais si on prend les 2.500 entreprises qui ont au moins une filiale à l’étranger - ça n’est pas le CAC 40, c’est tout le tissu économique -, elles emploient quasiment cinq millions de salariés hors de France, contre quatre millions en France ! Le croisement des deux courbes est récent. Et il ne s’agit pas de délocalisations, ou de façon marginale, il s’agit d’acquisitions pour être au plus près des clients étrangers.

Dans le détail, c’est encore plus frappant…

Chez Danone, L’Oréal, Accor, Essilor, Lafarge, Pernod-Ricard, Alstom, Michelin, -écoutez bien- entre huit et neuf salariés sur dix sont hors de France. Si on regarde le chiffre d’affaires, ces entreprises que je viens de citer, mais aussi LVMH, Sanofi, EADS, Axa etc etc. réalisent la majeure partie de leur activité hors de France. Pour Renault, ce sont plus des deux tiers.

Cette internationalisation a une conséquence…

C’est que ces entreprises mondiales et une partie de l’opinion et les responsables politiques ne se comprennent plus. Ils sont sur deux planètes. Prenez les patrons. Ils ont la tête (et le corps) souvent ailleurs. Un jour à Pékin, un autre à Londres, un troisième à Rio. Leur siège est à Paris, ils sont attachés évidemment à la France. Mais ils sont ahuris de découvrir que François Hollande n’était jamais allé en Inde et en Chine avant d’être élu président, à 58 ans.

Leur relation avec le pouvoir a aussi changé...

Ils ne sont plus prêts, comme avant, à aller « draguer » des conseillers ministériels pour obtenir tel ou tel faveur. Le patron d’un grand groupe se sent, se vit et c’est parfois la réalité, plus important que beaucoup de ministres. « Que connaissent-ils du monde, ces politiques ? » se disent-ils.

Oui, mais les politiques se disent, eux, « que connaissent-ils de la France, ces patrons » ?

Et ça n’est pas faux. Les multinationales, qui apportent de la richesse, de la visibilité, à la France, sont loin des PME, des préoccupations de responsables politiques qui doivent réformer un pays en période de croissance nulle. Ajoutons que les politiques sont jaloux – même dans leur inconscient – de ces patrons qui gagnent en un an des sommes considérables.

Conclusion ?

Ces multinationales sont un atout et une fierté formidables et, bêtement, une fois de plus, la France n’en tire pas assez parti.

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