Qu’est-ce qu'il se passe dans l’industrie pharmaceutique ? Les grandes manœuvres ont repris. Les plus puissants laboratoires mondiaux dépensent des dizaines de milliards de dollars ou d’euros pour se racheter les uns les autres. De l’autre côté de l’Atlantique, le canadien Valeant rachète l’américain Allergan, qui s’est construit autour du fameux Botox, pour 46 milliards de dollars. En Europe, le Suisse Novartis échange des activités avec le britannique GSK, anciennement Glaxo Smith Kline. On se croirait au Monopoly. Novartis achète le boulevard du cancer à GSK qui récupère en échange la rue des vaccins avec cinq milliards d’euros. Sans oublier une opération transatlantique : le labo Pfizer, le leader mondial du secteur qui a inventé le fameux Viagra, envisagerait de racheter l’anglo-suédois AstraZeneca pour 100 milliards de dollars. N’en jetez plus !Pourquoi une telle effervescence ? La raison toujours invoquée, c’est la rationalisation, le recentrage, l’efficacité, et c’est parfois vrai. Mais les labos ont une autre raison de grossir toujours davantage : leurs brevets leur rapportent beaucoup d’argent mais beaucoup d’entre eux vont bientôt tomber. Ces géants veulent donc trouver un relais de croissance. Il est alors beaucoup plus facile de racheter un concurrent que de prendre le risque d’investir dans la recherche qui dépense beaucoup plus souvent qu’elle ne trouve.

Et les Français là-dedans ? La situation est très différente. Le champion national Sanofi, qui est le troisième labo mondial, poursuit une autre stratégie, efficace mais plus discrète, en multipliant les alliances par exemple avec des petits spécialistes de biotech'. Le second groupe français, Servier, vient lui de perdre son mythique fondateur. Mais on parle aussi pharmacie en France pour une toute autre raison : la méfiance grandissante à l’égard des vaccins. A en croire un sondage, 71% des Français font confiance aux vaccins contre 77% il y un an. Ça peut paraître encore beaucoup mais certains vaccins sont efficaces pour éradiquer des maladies seulement s’ils sont injectés à plus de 90% de la population concernée. C’est pour marquer le coup que la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a lancé elle-même hier la semaine européenne de la vaccination.

Quelles sont les conséquences économiques de cette méfiance ? Aucune pour l’instant. Sanofi continue d’exploiter près de Lyon le plus gros centre mondial de recherche sur les vaccins. Mais il est frappant de voir la résistance qui monte au pays de Pasteur, l'inventeur du vaccin. La même mécanique de résistance est à l’œuvre sur les OGM, les gaz de schiste, les cellules souche et pourrait grandir demain contre le Big data , l’exploitation à grande échelle des données individuelles. A chaque fois, il y a de très bonnes raisons de poser des questions. Mais aussi d’excellentes raisons pour avancer. A choisir toujours les raisons de ne rien faire, à préférer la pédale de frein à la pédale d’accélérateur, les Français prennent le risque de rester sur le bord de la route alors que le monde entier, plus seulement les pays développés, dépensent des fortunes pour préparer les prochaines décennies.

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