Emmanuel Macron reçoit aujourd’hui le premier ministre japonais Shinzo Abe. La détention de l'ex-patron de Renault-Nissan sera évoquée, mais jusqu'à maintenant la France n'a pu faire mieux qu'améliorer ses conditions de détention.

Oui, et il y a un sujet de discussion qui n’est pas officiellement à l’ordre du jour, mais qui sera peut-être évoqué : la situation de Carlos Ghosn, qui a déjà passé 126 jours en prison à Tokyo et contre lequel de nouvelles charges ont été annoncées hier. Officiellement, Shinzo Abe est à Paris dans le cadre d’une tournée pour préparer le futur G20 d’Osaka et étudier quelques dossiers bilatéraux dans le Pacifique et sur la culture. 

Mais il serait surprenant que le président français ne dise pas officieusement un mot sur le cas de l’ancien patron de Renault-Nissan. Même s’il n’a pas un traitement hors-norme par rapport à ce qui se passe d’habitude au Japon, la situation est extraordinaire à nos yeux occidentaux. La présomption d’innocence n’étouffe manifestement pas un système qui repose sur la culture de l’aveu. Comme Carlos Ghosn n’avoue pas, qu'il conteste pied à pied ce qui lui est reproché et dénonce un complot, il reste en prison. Dans la mesure où les derniers faits sur la table, de l’enrichissement personnel, sont les plus lourds depuis le début, Emmanuel Macron pourra au maximum demander un mieux dans les conditions de détention, dit-on dans les cercles gouvernementaux. Jusqu’à présent, il n’a pas pu obtenir mieux qu’un peu de chauffage et des couvertures supplémentaires. C’est peu. Shinzo Abe ne dirige pas la justice, les Japonais soutiennent un système qui assure une criminalité faible et le Japon n’est pas une dictature. De toutes façons, si Carlos Ghosn est à nouveau libéré sous caution dans les heures qui viennent, il ne faut surtout pas que les Japonais pensent que c’est sous pression extérieure. 

Nos systèmes judiciaires sont vraiment différents : à 126 jours de prison avant tout procès, Ghosn se reproche du temps que Jérôme Kerviel a passé derrière des barreaux, 150 jours, après avoir été condamné pour avoir fait perdre 5 milliards d’euros à la Société Générale. 

Et il y a l’Alliance Renault-Nissan ... C’est ce qui complique l’engagement de Paris sur ce dossier, la priorité donnée à l’avenir de cette construction industrielle inédite. Du coup, la défense de Carlos Ghosn en appelle au gouvernement américain, réputé avoir plus de poids au Japon, pour dénoncer l’acharnement nippon. Carole Ghosn, l’épouse de l’ex-patron, a lancé un appel à Donald Trump dans le Washington Post. Mais j’ai regardé juste avant d’entrer en studio : pas de tweet du président américain en sa faveur. Au total, le minimum que le gouvernement français puisse faire est tout de même d'exprimer à voix haute son attention (non pas son soutien) sur ce dossier. Mais cela semble aussi un maximum.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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