L'édito éco de Dominique Seux des "Echos". __Difficultés chez le japonais Toyota, premier constructeur automobile au monde. C’est un vrai séisme qui a secoué hier le Japon. Le premier fabriquant automobile mondial, Toyota, a fait de nouvelles prévisions pour son activité. Et c’est un véritable événement puisqu’il affirme qu’il va perdre cette année de l’argent, ce qui ne lui est jamais arrivé, excusez du peu, depuis sa naissance en 1938. La perte d’exploitation serait de plus d’un milliard d’euros. Pour Katsuaki Watanabe, le patron de Toyota, « c’est une situation d’urgence », un patron tellement estomaqué par ce qui se passe qu’il refuse de faire des pronostics pour l’avenir. Et, de fait, les chiffres sont impressionnants. L’an dernier, le constructeur avait vendu 9 millions de voitures dans le monde. Cette année, pour l’exercice qui se terminera en mars, il en vendra 7,5 millions. Soit un million et demi de moins. Quelles premières leçons tirer de cette situation ? La première confirme le sérieux des difficultés du secteur automobile dans le monde puisque cela touche même les meilleurs. On dit que seul le marché iranien progresse, sans doute parce que les commandes se font un an à l’avance ! En fait, partout, il y a encore des besoins de voitures. Mais les craintes sur le crédit, la flambée des prix des carburants au printemps, la promesse toujours repoussée de sauts technologiques comme le véhicule électrique, peut-être la moindre valeur symbolique de l’automobile - tout ça change la donne. La deuxième leçon est un constat. Les Etats-Unis restent le poumon économique du monde. Car c’est bien le plongeon de ses ventes là-bas qui plombe le plus Toyota. On voit bien dans tous les domaines que quand le fermier du Nevada ou le cadre de Wall Street s’enrhument, c’est le monde entier qui tousse. C’est vrai pour la finance, c’est vrai pour l’industrie. Il est possible qu’un nouvel équilibre des forces sorte de cette crise. Mais, pour l’instant, la Chine, l’Inde, l’Europe ne font, aux sens propre et figuré, pas le poids. La troisième leçon concerne les choix de l’administration Bush ? On s’aperçoit que le débat sur le sauvetage des constructeurs américains, General Motors, Ford et Chrysler, est biaisé. Car Toyota est en réalité aussi américain qu’eux : la marque japonaise produit plus de voitures sur le sol américain que Ford, elle est donc le numéro deux, et elle y vend plus de véhicules qu’au Japon. Le sauvetage des trois géants de Detroit, c’est celui d’entreprises qui ont eu tout faux depuis quinze ans, sur l’organisation du travail, avec des usines trop vieilles et des produits décalés. D’où une question : faut-il vraiment les sauver ? Ne vaut-il mieux pas aider Toyota ? C’est bien sûr iconoclaste parce que la question touche à l’identité nationale. Dernier point : la France est forcément concernée par les difficultés de Toyota. Forcément. Ouverte en 2001, l’usine de Valenciennes a fabriqué jusqu’à 260.000 véhicules en 2007. C’est le passé. La production de la Yaris a déjà ralenti et va continuer à ralentir. L’usine arrête le travail pendant plusieurs semaines étalées sur plusieurs mois. Là, elle est arrêtée jusqu’au 5 janvier. Mais l'emploi des 3.300 salariés n'est pas menacé et il n’y a pas de chômage partiel, affirme l’entreprise. Et ça au moins, c’est une bonne nouvelle par les temps qui courent.

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