L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Après l’économie mondiale et la zone euro, voilà votre bilan 2011 pour la France. Oubliés les triple A, place à un triple… zéro !

C’est encore une année exceptionnelle qui ne se résume pas au niveau de la croissance (1,6%, finalement pas mal), à celui des déficits publics (5,7% du PIB, médiocre), du chômage (plus de 9%, mauvais) et au déficit du commerce extérieur (75 milliards d’euros, très mauvais). Cette année, les Français auront successivement craint que leur banque s’effondre, que l’euro éclate, que les centrales nucléaires se fissurent, que la guerre en Libye les entraîne on ne sait où et de ne pouvoir plus aller en vacances en Tunisie ! Face à cette accumulation, on est frappé – quitte à avoir la dent dure - par le degré zéro du débat public, la tentation de la zéro prise en compte de la réalité et, malgré tout, par le fait qu’il y ait eu zéro catastrophe.

D’abord le zéro du débat public…

Ce qui choque, c’est l’impossibilité d’avoir un minimum de consensus sur des grands enjeux quand l’avenir du continent européen se joue, quand une seconde récession est possible. Euro, budget, impôts, compétitivité : tout a été, est sujet à polémiques, petites phrases, invectives, tout est vu en fonction de la présidentielle dont on parle matin, midi et soir depuis deux ans. Le seul vote consensuel UMP-PS ? Hier, Sur le génocide arménien de 1915 ! Deux exemples économiques navrants : Nicolas Sarkozy fustige les 35 heures tous les trois mois alors que la droite gouverne depuis dix ans ; François Hollande souhaite presque ouvertement l’échec du couple Merkozy pour garder chaude la place de Merkhollande. Pas brillant !

Deuxième zéro, sur la réalité ?

Sur les finances publiques et la situation économique, il y a en France un déni qui commence seulement à se lever. Sur les finances publiques, il y a (disons) un mythe du trésor caché. Les Français ont (nous avons) le sentiment qu’il y a, quelque part, de l’argent caché qui évitera d’augmenter les impôts ou de baisser les dépenses. Les riches, les pauvres, les grandes entreprises, les banques, sont tour à tour montrés du doigt. Les grands partis de gouvernement commencent à reconnaître qu’il n’y aura pas de miracle, que tout le monde devra participer. C’est bien tard ! Sur l’économie, un seul exemple de déni : le taux de marge des entreprises hors CAC40 ne cesse de baisser. Qui le dit ?

Dernier point, qui intrigue plus : zéro catastrophe ?

Il doit être expliqué puisque, évidemment, la situation est insupportable pour ceux qui ont perdu leur activité, leur emploi ou des revenus. Mais, cette année, aucune banque ne s’est finalement écroulée (sauf Dexia, très spécialisée), l’économie tourne (même au ralenti) et, selon l’Insee, le pouvoir d’achat a (en moyenne) vraiment progressé ces dernières années. Même en 2009, année de profonde récession, les salaires ont augmentés. Tout ça est étonnant par rapport à l’ambiance plus noire que noire qui règne sur le pays. Et c’est une situation atypique par rapport à la plupart de nos voisins. Et comme 2012 est encore flou, c’est un zéro qu’il fallait lui aussi pointer.

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