Un vent de concurrence serait en train de se lever en France. La concurrence, c’est en effet le mot qui relie trois événements récents.D’abord, la bataille des opérateurs de télécoms. Free a lancé le mouvement en cassant les prix dans la 4G, la nouvelle génération de mobiles et Bouygues entend lui répondre dans l'accès Internet. Le deuxième événement est un avis de la très discrète Autorité de la concurrence. Ce gendarme a affirmé que le projet de décret gouvernemental, imposant un délai de 15 minutes aux voitures avec chauffeur pour répondre à la commande d’un client, risquait de tordre la concurrence au profit des taxis. Troisième événement : les mesures prises par le ministre à la consommation Benoît Hamon pour encourager la concurrence chez les opticiens et les assureurs. Tout ça va dans le même sens : une concurrence plus grande en France, et c’est finalement assez neuf. Pourtant, la concurrence est partout, ça n’a rien de nouveau ! C’est vrai et pas vrai à la fois. Oui, il y a plus de choix qu’avant, plus de constructeurs pour vendre des voitures, plus de rivalité avec Internet pour acheter des livres ou de la musique. Et puis la Commission européenne surveille de près les fusions d’entreprises. Mais en même temps, la concurrence reste sous-développée en France dans toute une série de secteurs. Il y a ceux déjà évoqués dans le rapport Rueff-Armand d’il y a un demi-siècle : taxis, pharmaciens, notaires, etc. Il y a aussi les transports, l’énergie, et le commerce avec notamment un verrouillage administratif des ouvertures de supermarché. Les marges du commerce français sont les plus fortes de tous les pays développés. Quelles sont les conséquences de cette concurrence trop faible ? La concurrence a un gros défaut et deux formidables avantages. Le défaut est bien connu, il se manifeste rarement mais on en parle souvent chez nous : quand la pression est trop forte, elle détruit des entreprises et des emplois, et laisse place nette à une seule entreprise en mesure de dicter ses conditions. Les deux avantages, eux, sont comme par hasard moins souvent évoqués. D’abord, la concurrence, ça pousse à être meilleur, à devenir plus efficace, plus compétitif. C’est vrai en économie. C’est vrai aussi en politique – il faut rappeler ici que la concurrence entre des hommes, des idées, est au coeur de la démocratie. Ensuite, la concurrence, ça fait baisser les prix et ça donne donc du pouvoir d’achat. On le voit au niveau microéconomique. Une étude de l’Ecole d’économie de Paris a montré que le droit donné en Italie aux supermarchés de vendre les médicaments sans ordonnance a fait baisser leurs prix de 25%. On le voit aussi au niveau global: en Allemagne, où la concurrence est plus forte, le niveau général des prix est inférieur de 9% au niveau français. Alors, aller vers plus de concurrence, c’est bien ? C’est le levier le plus puissant d’efficacité et de pouvoir d’achat que le gouvernement puisse actionner aujourd’hui. Pierre Bérégovoy, ministre de l’Economie de François Mitterrand au tournant des années 1990, le savait. Benoît Hamon l’a compris. Reste à savoir s’il parviendra à convaincre les autres ministres.

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