Après les urgentistes, à partir d’aujourd’hui, ce sont les médecins libéraux qui sont en grève. Motif de leur colère, notamment, l’extension du tiers payant.

Il faut aller dans le détail du dispositif, voir les arguments pour et les arguments contre, parce qu’il changera la donne pour les malades et pour le système de santé. Ce mécanisme par lequel le médecin -et non plus le malade- sera directement remboursé par l’assurance maladie doit être, selon Marisol Touraine, généralisé en 2017. Concrètement, le patient n’aura plus à sortir son chéquier ou sa carte bancaire, en tous cas pour l’essentiel. Les syndicats de médecins y sont opposés mais pas tous pour les mêmes raisons.Voyons donc d’abord les arguments en faveur de ce système.L’objectif officiel, c’est de faciliter l’accès aux soins pour ceux qui y renonceraient faute d’argent. Le premier élément, c’est de dire que le tiers payant existe déjà ! En Europe, c’est le cas dans la plupart des pays. En France, il y a cinq millions de bénéficiaires de la couverture maladie universelle (la CMU), il y a l’aide médicale d’Etat pour les étrangers sans papiers ; tous ceux là n’avancent pas d’argent. Et surtout, dans une pharmacie, à l’hôpital public, on ne paie plus depuis longtemps, la pharmacie est directement réglée par la Sécu et la mutuelle ! Donc, c’est possible.

D’autres arguments qui plaident pour le tiers payant ?

Ce que les pharmacies peuvent faire avec des logiciels et de la télétransmission, un cabinet médical devrait pouvoir le faire ; le coup de gueule contre la paperasserie supplémentaire est exagéré. Enfin, du point de vue plus général, la gratuité des soins en cabinet permettra (peut-être) d’alléger la pression sur les urgences. Ce qui serait plutôt une bonne idée.Maintenant les arguments contre. Un est mis en avant, c’est la déresponsabilisation des patients.Il faut en parler. C’est l’idée que si les soins sont gratuits, les gens se rendent plus souvent chez le médecin, « abusent », cela coûte cher à la Sécu. C’est la même thèse que celle qui consiste à penser qu’il faudrait que tout le monde paie un impôt sur le revenu, même minime, pour savoir que les services publics ont un coût. De fait, les bénéficiaires de la CMU ont un budget santé un peu supérieur aux autres, mais difficile de savoir si c’est parce que le guichet est grand ouvert ou si leur état de santé est moins bon. Cela étant, cet argument a sa limite : on ne va pas chez le médecin juste pour le plaisir ! L’autre raison avancée par les médecins, c’est le risque d’étatisation du système libéral. Quand ils seront directement payés par la Sécu, elle aura barre sur eux.

Vous avez énoncé les pour et les contre, que retenir à la fin ?

Un. La colère des généralistes s’explique d’abord par un chiffre qui montre que la France se moque ouvertement d’eux : le tarif d’une consultation (23 euros après 10 ans d’études) est au niveau du prix d’une coupe de cheveu pour homme à Paris. Deux. On peut faire le pari que tout cela se terminera par une mise en œuvre progressive.

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