Boris Johnson a réussi à focaliser l'attention sur la pêche dans les eaux territoriales britanniques. Ce n'est pourtant qu'un sujet marginal à côté des conditions de concurrence entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept.

Le Brexit. Ici l'Union Jack et le drapeau européen devant le Palais de Westminster à Londres.
Le Brexit. Ici l'Union Jack et le drapeau européen devant le Palais de Westminster à Londres. © AFP / Bloomberg Creative

Un deal est-il forcément la meilleure solution ? C’est une question dérangeante parce qu’on imagine spontanément qu’un compromis est toujours préférable à l’absence d’accord, un deal à un no deal dans le cas britannique.

La Commission européenne souhaite un accord avec Boris Johnson, et officiellement l’Allemagne et la France aussi. Donc, la négociation continuera jusqu’au bout du bout, et si accord, le Royaume-Uni sortira de l’Union (bien sûr), mais les échanges commerciaux se feront sans droits de douane. 

Alors, pourquoi poser la question ?

Parce qu’il y a le risque que l’accord soit déséquilibré : avec d’un côté, Londres qui veut avoir le beurre et l’argent du beurre et manœuvre tactiquement bien ; et de l’autre côté, les Vingt-Sept, qui sont unis mais pour qui il est plus compliqué de manœuvrer – forcément. 

La priorité de Johnson, le beurre, c’est de montrer que son pays redevient souverain, d’où la vaccination plus tôt qu’ailleurs. D’où aussi sa priorité donnée à la pêche et au contrôle des eaux territoriales dans la négociation. Depuis le début, le Royaume-Uni ne parle que de çà (car les bateaux cela fait de belles images).

Et l’argent du beurre pour Johnson, c’est le zéro droit de douane

Sauf que la pêche est un sujet économiquement mineur, à côté du vrai sujet sur les conditions de concurrence -dont personne ne parle mais qui devrait être le sujet n°1 des 27. Avec quelles normes les produits alimentaires et industriels rentreront-ils sur le continent ? Avec quelles conditions sociales pour les fabriquer ? Londres fera-t-il du dumping fiscal ? Le pays sera-t-il le cheval de de Troie de produits importés de Chine ?

En théorie, tout cela a été traité sérieusement, avec des contrôles, des surveillances, des sanctions, mais en fait personne n’a vu le projet de traité. Bref, le risque est que Londres roule les Vingt-Sept dans la farine de pudding – s’il y avait de la farine dans le pudding. Sans, de surcroît, contribuer au Budget européen ...

Mais qui a le plus intérêt à un accord ? 

C’est Londres, qui réalise la moitié de ses exportations avec le continent, tandis que le continent réalise 6% de ses exportations vers le Royaume-Uni. Il ne s’agit pas de « punir » les Anglais, ce serait idiot, d’autant plus qu’ils ne sont pas les seuls à vouloir affirmer leur identité et leur souveraineté. 

Mais les Vingt-Sept n’ont aucun intérêt à conclure un accord qu’ils regretteront ensuite pour la satisfaction éphémère d’avoir un compromis. Et il n’est pas impossible qu’en cas de no deal, Londres revienne dans un an ou deux à la table de négociation parce que cela sera nécessaire.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter