L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ____Un mini-sommet a réuni hier à Berlin les principaux pays européens pour préparer la rencontre du G20 à Londres début avril. Un rendez-vous où étaient représentés Berlin, Paris, Londres, Rome mais aussi Madrid et Prague. Ce genre de rendez-vous restreint est utile. Il a d’abord permis, sans qu’il faille deux heures pour que chacun parle 5 minutes seulement, d’établir un diagnostic sur la situation économique. Et ce diagnostic était, hier, très sombre. Les chefs d’Etat ont été d’accord pour juger que la situation aux Etats-Unis ne se redressait pas du tout, et pour dire que le plan Obama-Geitner de sauvetage du système financier n’a pas convaincu. S’agissant de l’Europe, le signal d’alarme est tiré pour l’industrie qui plonge carrément. Juste pour donner une image, l’économie est souvent affaire de courbes. Eh bien, hier, on parlait plus de pics ou plutôt de plongeons. Autant dire que l’heure n’était pas aux accusations contre, par exemple, le protectionnisme de la France qui soutient son secteur automobile. L’objectif, c’était surtout d’établir une position commune sur la régulation économique. Sur ce point, il n’y a pas eu de décisions précises, mais un rapprochement des points de vue, une pression européenne, qui n’était pas gagné d’avance. C’est important pour que le sommet de Londres, le 2 avril, n’échoue pas. Le risque existe parce que ce sommet intervient au fond trop tôt pour Barack Obama qui consacre tout son temps aux affaires américaines. Mais le pari des Européens est que les Etats-Unis seront obligés d’accepter des changements : l’affaire Madoff ou la distribution de bonus ont scandalisé les Américains. Hier, les grands européens se sont donc mis d’accord pour exiger ensemble que tous les produits financiers soient surveillés, exiger aussi un encadrement des hedge funds, des rémunérations des traders et, nouveauté, des paradis fiscaux. C’est d’ailleurs la vraie surprise d’hier, les centres off shore sont dans le collimateur des Français, des Allemands mais aussi des Anglais. Tout ça n’est pas rien. Les Anglais auraient changé de pied et diraient oui aux réformes, mais prudence. Londres est la première place financière européenne, elle considère que Paris et Francfort sont des places régionales, et le gouvernement défend les intérêts britanniques. Mais Gordon Brown, le premier ministre, est dans une situation politique difficile et il a besoin que le sommet du G20, qu’il accueille, ne soit pas ridicule. Il fera donc des concessions. Mais c’est vrai que les grandes déclarations sont aussi le cache-sexe de désaccords essentiels. L’exemple le plus frappant : les anglo-saxons ne veulent pas entendre parler de régulation au niveau international ; la finance est pourtant le seul domaine où les contrôles sont nationaux. C’est un vrai problème. A cinq semaines de l’échéance, le G20 est-il bien ou mal parti ? Cela va être très difficile. Le risque est que tout le monde croit s’en tirer en donnant en pâture à l’opinion mondiale des gestes sur les salaires des dirigeants ou les bonus, qui ne sont pas l’essentiel, pour ne pas bouger sur l’essentiel, la transparence et la surveillance des marchés. Le risque, c’est la politique fast-food, qui se nourrit d’annonces à répétition mais qui ne vont pas au fond des choses et ne changent rien ou presque.

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