Les fermetures d’usines se multiplient… Philips, Sanofi, sans doute Total… L’emploi industriel va-t-il disparaître en France, Jean-Marc ? Disparition, non, rétrécissement oui assurément. D’abord à cause de la crise économique et financière. Comme toujours, c’est l’industrie qui a encaissé la plus forte chute. L’an dernier, sa production a chuté de 13%, beaucoup plus que ses effectifs. Dans certains cas, les entreprises peuvent réduire les cadences. Mais quand la situation financière est trop tendue, ou quand l’activité exige de grosses quantités pour bien tourner, ou quand les concurrents deviennent trop forts, il n’y a pas d’autres solutions que de fermer. Mais ce n’est pas la seule raison…Non, il y a au moins trois autres forces qui poussent à la baisse de l’emploi dans l’industrie. D’abord, les entreprises redécoupent leur périmètre. Certaines activités sont désormais confiées à des prestataires, comme par exemple le nettoyage industriel, ou à des intérimaires. Ces emplois-là sont désormais comptabilisés dans les services. Ensuite, les entreprises sont plus efficaces. Elles ont besoin de moins de salariés pour produire davantage, on dit qu’elles font des gains de productivité. Enfin, il y a la concurrence étrangère. C’est la concurrence des pays émergents qui pèse le plus lourd ?Eh bien non. Une économiste du ministère de l’économie, Lilas Demmou vient de réaliser une étude très intéressante pour faire la part des choses sur les 2 millions d’emplois perdus dans l’industrie depuis 1980. D’après ses calculs, 25% de la baisse vient des migrations vers les services. 30% vient des gains de productivité, et 45% viendrait de la concurrence étrangère. Avec deux précisions: d’abord, l’impact de cette concurrence s’est renforcé ces dernières années. Ensuite, l’effet le plus fort vient non des pays émergents, mais des pays développés. Autrement dit, la France a davantage perdu du terrain face aux Allemands ou aux Italiens que face aux Chinois ou aux Indiens. Que peut faire le gouvernement ? A court terme, pas grand-chose. Alors les politiques s’efforcent de faire croire qu’ils font quelque chose, surtout quand des élections approchent. C’est exactement l’exercice auquel se livre - avec une conviction sincère - le ministre de l’industrie Christian Estrosi. Certes il a sauvé cinquante emplois chez Molex et il a retardé des échéances dans quelques autres cas, et c’est vital pour les salariés qui en ont profité. Mais ça ne change pas le cours global des événements. C’est un peu comme si le ministre se jetait dans une rivière pour l’arrêter. Le pompon en la matière revient à Frédéric Lefèbvre. Le porte-parole de l'UMP a osé expliquer hier sur une station concurrente, à propos de Total, qu’il était du côté de l’emploi, comme la CGT. C’est de la pure démagogie. Et à long terme, le gouvernement a-t-il plus de possibilités d’agir ? Oui, évidemment… à condition d’agir justement à long terme. D’encourager l’innovation, et aussi la montée vers une production haut de gamme moins sensible aux vents de la concurrence. Le renforcement de la recherche et de l’université, décidées via toute une série de mesures, va dans le bon sens. Ceci dit, n’en déplaise aux nostalgiques, il faudra s’y faire : l’avenir économique de la France, et en particulier du côté de l’emploi, ne se joue pas dans les usines mais dans les services ou plus précisément dans le quaternaire, c’est-à-dire les nouvelles façons de combiner industrie et services classiques.

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