Par Jean-Marc Vittori.

Nicolas Sarkozy a donc fait hier soir ses premières propositions économiques de candidat à l'élection présidentielle. Qu'est-ce qu'il faut retenir ?

D'abord, le président-candidat a avancé deux sortes d'idées. Les premières vont faire beaucoup parler mais elles sont mineures. C'est la suppression des retraites-chapeaux pour les dirigeants d'entreprise, suppression déjà largement entamée dans les faits. C'est aussi l'obligation pour les bénéficiaires du RSA, le revenu de solidarité active, de faire sept heures par semaine de travaux d'intérêt général : joli sur le papier, mais irréalisable en pratique car il faudrait mettre en place une énorme infrastructure.

Et il y a donc des pistes plus sérieuses.

Oui, il y en a deux. La première consiste à faire voter la paie des patrons non plus par le très confidentiel conseil d'administration mais par l'assemblée générale des actionnaires. Les Américains et les Britanniques en parlent, ils ont baptisé ça le « say on pay », mais ils n'ont pas encore fait le saut. Ca pourrait vraiment faire pression sur les salaires les plus fous et c'est tant mieux. La deuxième idée est la suppression de toutes les charges salariales sur le smic et juste au-dessus, en échange de la suppression de la prime pour l'emploi et de l'alourdissement de la fiscalité sur les dividendes. Comme ça se traduirait par une hausse de la paie pour

les bas revenus, ça pourrait parfaitement être une mesure de gauche, tout comme le « say on pay » qu'un certain Barack Obama avait proposé quand il était sénateur.

Qu'est-ce qui vous frappe dans ces propositions ?

C'est surtout une absence. Comme en 2007, Nicolas Sarkozy vante la valeur travail. Mais contrairement à 2007, il ne promet plus du tout d'être le président du pouvoir d'achat. Son adversaire socialiste François Hollande est aussi discret sur la question, puisqu'il parle surtout d'augmenter des impôts. Le pouvoir d'achat est pourtant une préoccupation majeure des Français, ils en parlent tout le temps.

Alors pourquoi selon vous, ce sujet du pouvoir d'achat est-il oublié ?

Nicolas Sarkozy sait bien que sa promesse n'a pas été tenue. Le pouvoir d'achat a certes augmenté de 7% pendant son quinquennat. Mais comme la population a augmenté, la progression par tête n'est que de 4%. Si c'est un peu plus que l'Allemagne, si c'est sûrement mieux que l'Italie où le pouvoir d'achat a chuté, ce n'est tout de même pas la joie.

Et pourtant, c'est encore trop. Car la hausse de ce pouvoir d'achat en temps de crise a largement été financée à crédit, avec des baisses d'impôts décidées en 2007 puis subies en 2009, et une augmentation des dépenses sociales. La dette publique a beaucoup plus augmenté chez nous que de l'autre côté du Rhin ou des Alpes. Ca ne pourra pas durer.

Voilà pourquoi les candidats sont muets là-dessus. Dans le sondage Viavoice-BPCE que nous publions aujourd’hui dans Les Echos , cinq Français sur six ne les trouvent d'ailleurs pas convaincants sur la question. L'élu du 6 mai sera fatalement le président du non-pouvoir d'achat.

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