Vous revenez sur l’accord conclu vendredi soir entre la Grèce et les dix-huit autres membres de la zone euro. Une question simple, d’abord : qui a gagné ? Qui a perdu ?

C’est la question que tout le monde s’est posée immédiatement, en y apportant des réponses assez variées – vous allez voir ! Jean-Luc Mélenchon a posté ce tweet dont vous apprécierez l’élégance et le populisme : Hourra, l’ignoble Schäuble n’a pas eu le dernier mot – ignoble, je n’invente rien. Mais Médiapart a titré : l’Allemagne a fait plier la Grèce, première capitulation pour Syrisa. Les presses allemande et grecque, elles, ont plutôt salué ce qu’ont obtenu chacun de leurs gouvernements. ... Difficile de s’y retrouver !

Et les grecs eux-mêmes, qu’en ont-ils pensés ?

On peut donner un élément économique assez paradoxal. La population grecque soutient Syrisa mais, en même temps, on a appris qu’elle avait encore retiré deux milliards d’euros de leurs banques ces derniers jours – le risque de collapse du système bancaire s’approchait. Le compromis de vendredi soir permet à la Banque centrale européenne d’aider la finance grecque.

Au total que peut-on retenir du contenu de l’accord ?

Athènes a obtenu un répit de quatre mois pour négocier l’avenir de sa dette et de ses aides pour 2015 et 2016 ; d’ici là, la Grèce va continuer à recevoir de l’argent, mais Alexis Tsipras a dû accepter l’ancien programme d’ajustement et il doit travailler avec la troika, qu’on appelle maintenant « les institutions ». Il a obtenu quand même une certaine flexibilité dans l’application des mesures. Concrètement, d’ici ce soir Athènes doit prendre des engagements de lutte contre la fraude fiscale, contre la corruption. Si les européens disent OK, il évitera la hausse de la TVA et la baisse des retraites prévues dans l’ancien programme. Donc, non, il n’a pas totalement avalé son chapeau. La reconstitution d’un Etat grec, c’est vraiment ce qu’attendent les Européens.

Alexis Tsipras a obtenu du temps, mais politiquement sur le théâtre européen, ce n’est pas une victoire.

Il a fait deux erreurs. La première : se montrer aussi violent pour accuser l’Europe de tous les maux de la Grèce. Un observateur vivant à Athènes me disait avec humour : Les Grecs sont plus à l’aise avec le Kyrie Eleison de la religion orthodoxe (Seigneur, prends pitié, aide moi) qu’avec le mea culpa catholique ! Cette absence d’autocritique ulcère les autres capitales. Autre erreur de Syrisa : croire que les Allemands sont tous seuls. En fait, l’Irlande, le Portugal, la Finlande, les Pays baltes, la Slovaquie, bref tous ceux qui ont fait des réformes difficiles ne voient pas pourquoi Athènes a un traitement privilégié. Alors, à un moment, il faut être pragmatique. Mais la confiance n’est pas là et c’est la raison pour laquelle le Grexit peut arriver un jour. En attendant, ce quasi-isolement d’Athènes face à 18 gouvernements élus devrait faire réfléchir tous ceux qui ici ont fait de Syrisa le porte-drapeau de leurs combats.

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