Retour sur le discours de François Hollande hier : y a-t-on appris quelque chose sur le plan économique ?

Ce genre de discours n’est pas là pour « sortir » un catalogue complet de propositions précises – ce sera jeudi. En janvier 2007, Nicolas Sarkozy s’était d’ailleurs livré au même exercice : donner du sens, prendre de la hauteur. En réalité, François Hollande était attendu sur deux points : il devait montrer qu’il avait « l’étoffe » d’un candidat à la présidence, qu’il n’est pas « mou » – clairement il l’a fait. Ensuite, il devait mettre de la chair dans son projet. Là, il faut regarder de plus près. Sur la forme, d’une certaine manière, hier, si on reprend le mot prêté à Arnaud Montebourg, on a vu que « Flamby, c’est fini ». François Hollande a été ferme, il a annoncé des mesures nettes, marquées à gauche : encadrement des loyers, taxation accrue des revenus supérieurs à 150.000 euros.

Mais c’est l’attaque contre la finance que l’on retient ...

Oui, un « adversaire sans visage ». C’est le premier adversaire avec une promesse de séparation des activités de banque de dépôt – notre banque de tous les jours – et des activités d’investissement, de marché. Cette dénonciation de la finance est habile : la quasi-totalité des Français peuvent s’y retrouver et que cela prive Nicolas Sarkozy d’un créneau. Et c’est vrai que la finance a un niveau de vie supérieur, excessif, par rapport au reste de l’économie. Cela étant, cela a la connotation gênante du procès des « 200 familles ». Dans le cas de la France, les banques, si l’on excepte Dexia, ont tenu le choc de la crise et ont moins mis les doigts dans la confiture que les autres. Enfin, vouloir mettre au pas la finance au moment où on lui demande d’assurer les fins de mois du Budget au meilleur coût – 200 milliards d’euros à emprunter cette année –, c’est audacieux.

Les arguments de l’UMP entendus hier soir - le projet Hollande, c’est cher et c’est flou - sont-ils pertinents ?

Non, là, ce n’est pas sûr. Le candidat socialiste, au-delà du ton très à gauche, a été assez clair. Les réformes de structures, ce sera – serait – pour tout de suite ; la redistribution, ce sera - serait - pour plus tard, dans un deuxième temps, si la croissance revient. « Nous ne redistribuerons que ce que nous aurons fabriqué », a-t-il insisté, en indiquant aussi que les effectifs de la fonction publique n’augmenteraient pas. Et puis, Nicolas Sarkozy n’est pas en situation confortable sur la dette et les déficits publics, extrêmement élevés.

Donc, au total, François Hollande a marqué un point ?

Un point politique, oui. Un point économique, c’est à voir, on en saura plus jeudi. Un élément stupéfiant à relever cependant : l’absence dans ce discours du contexte international, de l’évolution de l’état des forces dans le monde, de l’Asie, du Brésil, des nouvelles technologies. Ce discours aurait-il pu être prononcé il y a cinq, dix, vingt ans ? Peut-être.

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