Ce matin, le titre de votre chronique est sibyllin : « le détail qui tue », à propos de deux informations économiques.

Oui, il s’agit de deux informations qui n’ont a priori rien à voir : d’une part, la nomination lundi soir du nouveau président de l’Euro-groupe, c’est le club des ministres des Finances de la zone euro, le néerlandais Jeroen Dijsselbloem (prononcez : Yé-roouun Deil-seul-bloom). Et de l’autre, le rapport de la Cour des comptes qui juge les indemnités chômage trop généreuses. Je vous l’ai dit – cela n’a priori rien à voir – parce qu’en fait, dans les deux cas, la vraie information n’est pas celle que l’on croit.

Alors d’abord, qu’est-ce que la nomination du successeur de Jean-Claude Juncker à l’Euro-groupe peut cacher ?

On a ironisé, ici ou là, sur le profil de ce néerlandais : quasi inconnu, ministre des finances depuis trois mois à peine aux Pays-Bas. Bref, un candidat faute de mieux pour succéder au luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Mais la question qui se pose est : à quoi sert ce président de l’Euro-groupe ? Et là, on a une réponse originale qui arrive par un biais inattendu, l’agenda du ministre américain des Finances. Aux Etats-Unis, c’est étonnant, il est rendu public. Eh bien, l’économiste Jean Pisani-Ferry s’est amusé il y a quelques semaines à regarder qui Tim Geithner avait vu ou appelé au téléphone pendant la crise de l’euro, entre début 2010 et la mi-2012. Réponse : il n’aurait eu qu’un contact avec le président de l’Euro-groupe, Juncker. En revanche, il en a eu 60 avec la Banque centrale européenne, entre 30 et 40 avec ses homologues allemands et français. Vous le voyez, cet agenda en dit long : le vrai pouvoir est à la BCE, à Francfort, et à Berlin et Paris, pas ailleurs. Le reste est littérature et poudre aux yeux. Voilà le détail qui tue.

Et on passe à l’autre sujet économique d’hier, le rapport de la Cour des comptes sur le chômage.

Un rapport qui tire la sonnette d’alarme sur la situation financière catastrophique de l’Unedic, le régime d’assurance-chômage. Et qui pointe certains problèmes, en tous cas aux yeux de la Cour des comptes. Est mis en évidence le niveau plus élevé en France qu’ailleurs des prestations chômage. La Cour pointe notamment le plafond de l’indemnité qu’un demandeur d’emploi peut recevoir, 6.200 euros par mois, contre 2.200 euros en Allemagne. Globalement, les cadres sont mieux indemnisés ici. Voilà ce que l’on retient. Le détail qui tue est que ce plafond concerne 1.600 personnes sur trois millions et que 95% des indemnisés perçoivent moins de 2.150 euros par mois. Le niveau du plafond est un vrai sujet, mais une chose est sûre : l’abaisser remplira peu les caisses. En revanche, la Cour cible en quelques lignes le déficit des intermittents du spectacle, dix milliards en dix ans.

Que voulez-vous démontrer ?

Le patron de l’Euro-groupe n’a que l’apparence du pouvoir ; abaisser le plafond d’indemnisation, c’est un sujet, mais ce n’est que l’apparence d’une solution. Bref, la réalité cachée est souvent moins glamour, à cause du détail qui tue mais qui ne doit pas être tu.

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