Ce matin : les deux contradictions du discours économique de Donald Trump.

Le discours d’investiture de vendredi comme les premières auditions par le Congrès des futurs responsables de l’administration Trump ont confirmé les trois pistes de politique macro-économique qu’il entend suivre : une baisse radicale de l’impôt sur les sociétés, des grands travaux d’infrastructures (ponts, tunnels, chemins de fer, aéroports) et un allègement des réglementations. Sur le papier, la logique est implacable : un plan de relance de ce type soutient l’activité. C’est la raison pour laquelle les chefs d’entreprise et les marchés ont applaudi - un peu moins récemment dans l’attente de précisions. Le hic est qu’un plan de relance va creuser le déficit public et que les taux d’intérêt et le dollar vont remonter. Ce qui est l’objectif contraire de Donald Trump, qui a promis un dollar plus compétitif pour soutenir les exportations américaines, c’est-à-dire les emplois industriels américains. Sur ce plan, le Nobel de gauche Joseph Stiglitz comme les économistes libéraux sont d’accord : difficile de poursuivre tous les objectifs à la fois. Première contradiction à lever.

Et la deuxième ?

La double image d’un Donald Trump disant « L’Amérique d’abord » au Capitole et d’un président chinois défendant à Davos les vertus du libre-échange et des accords signés restera dans les esprits. La Chine est hypocrite, elle ne respecte pas le droit, mais c’est Donald Trump qui va prendre la posture du chef d’un Etat voyou qui ne respecte rien, au lieu de forcer Pékin à changer par la négociation. La contradiction est que cette inversion des rôles arrive au moment où les Chinois ont organisé de vastes accords commerciaux avec l’Asie, avec l’Amérique latine, avec l’Afrique. En clair, la globalisation est d’ores et déjà moins anglo-saxonne. Si Trump accélère le phénomène, ce ne sera pas à l’avantage américain. Juste à ses frontières, les Mexicains vont lui faire savoir que six millions d’empois américains dépendent d’eux. Au total, Trump va faire payer au monde entier le refus obstiné depuis 15 ans de son parti, le Parti Républicain, d’aider socialement les victimes américaines du progrès technique, de la financiarisation et des excès de la mondialisation. Les pays étrangers seront des boucs-émissaires. On a déjà connu cela.

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