Pour la première fois, la rémunération réelle du Livret A passe dans le rouge et pourtant ce placement continue cependant d'attirer les Français. En termes économiques, nous assistons à un grand transfert au détriment des épargnants au bénéfice des emprunteurs. La fin de la rente ?

Le Livret A et assimilés, ce sont environ 400 milliards d'euros
Le Livret A et assimilés, ce sont environ 400 milliards d'euros © AFP / PHILIPPE HUGUEN / AFP

La rémunération de ce produit d’épargne emblématique est actuellement de 0,75%, et avec une inflation autour de 1,8% l’an dernier, le rendement réel, autrement dit la perte de pouvoir d’achat, est de 1%. Quelqu’un qui a 4.000 euros sur son livret a perdu 40 euros (si je compte bien). 

Vous direz que c’est peu, mais les associations de consommateurs ont calculé que au total les épargnants ont eu un manque à gagner, si on peut dire, de 4 milliards d’euros. Le paradoxe incroyable est que cela ne décourage pas les Français, qui continuent de déposer toujours plus d’argent sur leurs livrets A et assimilés. Ce sont 400 milliards d'euros qui dorment gentiment et bêtement dans ce type de placement. 

Les Français sont-ils fous, ont-ils un détachement assez nouveau vis-à-vis de l’argent, ou sont-ils nuls en économie ? Eh bien, ce n’est pas cela. Ils se sont habitués ces dernières années à des taux d’intérêt bas et savent qu’il n’y a pas de produit beaucoup plus rémunérateur. L’assurance-vie rapporte seulement 1% frais déduits et l’argent n’est pas disponible sur un claquement de doigt. 

Au fond, sur le long terme, osons le dire : le seul placement qui rapporte, ce sont les actions et leurs fameux dividendes, mais bien sûr, le long terme, on ne sait jamais combien de temps il dure – c’est tout le problème.  

Et la conclusion est … ? 

C’est que le gouvernement, quand il a fixé la rémunération à 0,75%, n’imaginait pas que les prix (des énergies) repartiraient à la hausse. Il a beau dire que le Livret A n’a jamais été une garantie contre la hausse des prix, il ne faut pas que cela dure trop s’il ne veut pas recevoir de pressions politiques. 

Son objectif est de baisser le coût de financement du logement social et de pousser l’épargne au forceps vers les fonds propres des entreprises. 

Mais plus fondamentalement, ce qu'il faut retenir c'est qu'on assiste à un gigantesque transfert au détriment des épargnants et au bénéfice des emprunteurs, notamment immobiliers. Sus aux rentiers !

Voilà, c’était ma chronique de conseil aux épargnants et je crains que les auditeurs ne sachent pas mieux quoi faire de leur argent qu’il y a deux minutes !

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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