L’édito éco de Dominique Seux,du quotidien Les Echos. L’Insee a annoncé hier que la consommation des ménages avait augmenté de 1,4% en juin. Est-ce une surprise ? C’est surtout une bonne surprise, ce qui n’est pas si fréquent. On s’attendait à une hausse de la consommation à cause des soldes mais pas à ce point. Elle a donc progressé de 1,4% en juin mais, surtout, elle a gagné 0,7% sur les trois derniers mois. C’est le meilleur chiffre depuis la fin 2007, depuis que l’on commence à parler de la crise. Dans le détail, les Français ont acheté davantage de vêtements, d’équipements pour leur logement et, depuis le début de l’année, beaucoup de voitures. Grâce à la prime à la casse bien sûr. Au total, donc, l’idée à retenir, c’est qu’après un an de crise, la consommation tient le choc, ce qui n’est pas le cas dans beaucoup de pays. Christine Lagarde, la ministre de l’économie, met cette résistance au crédit du gouvernement. A-t-elle raison? Disons que, c’est vrai, ces chiffres confortent la politique suivie. Souvenez-vous : en janvier, il y avait eu un débat nourri sur le plan de relance de Nicolas Sarkozy, jugé trop faible. Avec Christine Lagarde, il avait dit non à un grand soutien à la consommation, une baisse globale de la TVA par exemple comme en Angleterre. Il avait choisi d’aider l’investissement des entreprises et des mesures ciblées sur les Français les plus en difficulté et les chômeurs : la prime de solidarité active et celle de rentrée scolaire. Les chiffres de la consommation valident plutôt cette stratégie. En même temps, quand il y a 500.000 chômeurs de plus en un an, il vaut mieux éviter les cocoricos. Jusqu’à maintenant, la consommation s'est maintenue. Cela va-t-il durer ? Cela fait des mois que l’on prédit le pire, il va bien finir par arriver, annoncent beaucoup d’économistes. En fait, le principal risque est lié au chômage, sa réalité et le climat dépressif qu’il génère. Or, le chômage va continuer à augmenter même si l’activité se stabilise et même si elle remonte un peu. Pourquoi ? Il faut avoir en tête qu’en niveau, elle restera 3 points en dessous de ce qu’elle était il y a un an. C’est énorme. Les chefs d’entreprise en sont conscients puisqu’ils ne prévoient pas de sortie de crise avant la fin 2010. Au total, donc, si le taux de chômage, qui reste pour l’instant dans des zones assez connues en France, repasse au dessus des 10%, l’effet sur la consommation sera fatalement fort. Nicolas Sarkozy le sait. Si le chômage dépasse effectivement les 10%, le Président changera-t-il sa politique économique ? La stratégie présidentielle est d’occuper l’espace politique avec le débat sur le grand emprunt pendant l’automne. Mais l’Elysée est prêt à de nouvelles mesures ciblées si la consommation flanche. A mon avis, une autre question va commencer à se poser. Les Français vont-ils craindre que leurs impôts augmentent ? C’est un des enjeux avec la taxe carbone mais aussi avec la dérive du déficit de la sécurité sociale, qui tourne cette année autour des 22 milliards d’euros. S’ils le craignent, alors, là, oui, on pourra être inquiet pour la consommation. Et puis enfin, il faut l’évoquer, il y a aussi le problème de la grippe et de ses répercutions éventuelles.

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