L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Cette semaine est une semaine particulière : c’est celle de la « libération fiscale ». De quoi s’agit-il ?

Le mot n’est pas heureux, on dira pourquoi. Mais le concept existe et vient des Etats-Unis. Dit de façon triviale, c’est à partir de demain mardi 24 ou à partir du jeudi 26 juillet, selon les calculs, que les Français vont commencer à travailler pour eux et non pas pour l’Etat au sens large. Techniquement, pour arriver à ce résultat, on applique au calendrier d’une année la part des dépenses publiques dans le PIB, la production nationale. Comme elle tourne autour de 55%, cela correspond à la fin juillet. Après le financement des dépenses publiques, les dépenses privées. Le résultat est à peu le même quand on prend en compte la part des prélèvements publics (cotisations patronales, cotisations salariales, impôt sur le revenu, TVA) par rapport au coût salarial. Ce qu’ont fait l’institut Molinari et le cabinet Ernst & Young pour Les Echos. Eh bien, quel que soit la définition, la France est le pays le deuxième pays le plus socialisé d’Europe, après la Belgique ou le Danemark.

D’où vient ce concept ?

Il a été inventé par un homme d’affaires américain, Dallas Hostetler, en 1948 et a été repris par l’économiste très libéral Milton Friedman tout au long des années 80. Aux Etats-Unis, cela s’appelle le Tax Freedom Day et la date est calculée chaque année pour la plupart des pays par la Tax Foundation. C’est le 12 mai au Royaume-Uni, le 8 juillet juillet en Suède.

« Libération fiscale » : le terme est mal choisi, dites-vous...

Oui, il est inutilement provocateur. Quand on arrête de travailler pour payer des dépenses collectives pour dépenser son argent comme on en a envie, on ne passe pas de la nuit à la lumière. Travailler pour financer les dépenses d’éducation ou de santé, c’est travailler aussi pour soi ! Diaboliser le principe des impôts et des dépenses publiques n’a pas de sens non plus. On en a besoin évidemment. Enfin, dans d’autres pays, les dépenses sociales qui ne sont pas financées collectivement le sont par les individus et donc consomment leur pouvoir d’achat.

Quelles sont alors les mérites de cet indicateur ?

Il y en a deux. D’abord, il confirme, quoi que l’on en pense, du bien ou du mal, que la France est dans une situation atypique, la plus socialisée en Europe. Ensuite, on voit avec tous ces chiffres que nous réalisons mal l’importance des prélèvements. Prenons un seul exemple, celui du salaire. Chacun connaît son salaire brut et son salaire net, la différence étant de l’ordre de 20 à 25% dans le secteur privé. Pourtant, la vraie notion économique, la seule significative, est la différence entre le salaire total (y compris les cotisations patronales), qui représente la valeur de notre travail, et le salaire net. Là, cette différence est de 50 à 60%. Savoir cela devrait permettre d’être plus exigeant sur la façon dont sont utilisées les cotisations. Or, les feuilles de paie sont bizarrement illisibles : impossible de savoir sans calculette et sans mal de tête ce qu’il en est. Peut-être, sans doute, pour ne donner le vertige !

En 2012, la « libération fiscale », c’est cette semaine ; et en 2013 ?

Ce sera en août, compte tenu des prélèvements qui s’annoncent.

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