Par Dominique Seux

Le pape François est arrivé au Brésil, dans un pays traversé par une crise sociale. C’est un pape qui, en économie, ne mâche pas ses mots.

On verra s’il en parlera à Rio, mais oui vous avez raison, il va depuis son élection très loin dans la dénonciation de l’économie telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, avec des mots et un ton pas entendus depuis longtemps. On peut être sensible à ce qu’il dit, parce que cela correspond à ce que beaucoup de gens pensent et ressentent. Et en même temps, on a envie de se poser la question parce qu’il est bon parfois d’être à contre-courant : le pape va-t-il trop loin ? Est-il juste dans ce qu’il affirme ? Il dénonce, je le cite, la dictature d’une économie sans visage ni but humain.

Pour lui, je cite encore, l’adoration de l’antique veau d’or a trouvé un visage nouveau et impitoyable dans le fétichisme de l’argent. Il conclut ses discours, comme devant les ambassadeurs à Rome le 16 mai, par une charge à la kalachnikov contre l’économie de marché aveugle et égoïste qui n’aurait, en gros, que des défauts.

Beaucoup de nos auditeurs se disent sans doute : c’est vrai !

Je les entends (si on peut dire). Encore une fois, on peut être bluffé par la simplicité de ce pape qui dépoussière, qui entraîne, qui – comme on dit – bouscule les puissants et les usages et qui a des intuitions géniales comme quand il s’en prend, à Lampedusa en Italie, à la mondialisation de l’indifférence face aux tragédies. Mais, sur l’économie, il ne faut pas oublier que son expérience argentine l’a façonné, l’a marqué profondément. Le parcours de Jean-Paul II faisait que pour lui le communisme était ce qu’il y avait de pire, et que si le libéralisme posait de gros problèmes, c’était quand même mieux que le communisme.

L’expérience de François, c’est celle d’un pays, l’Argentine, de profondes inégalités, où une élite de grands propriétaires terriens faisait face à une population pauvre. Il parle comme un sud-américain qui a d’abord vu les côtés négatifs de la mondialisation.

En fait, son discours est universel mais son expérience particulière. Et il ne fait pas l’unanimité, y compris dans les rangs des jésuites – alors même qu’il est lui-même jésuite. Henri Madelin, un intellectuel connu pour ses analyses, ancien patron des jésuites en France, n’hésite ainsi pas à dire que le pape François a une approche presque populiste de l’économie. Ce n’est pas un compliment. Et c’est vrai que si l’on regrette la vénération pour la consommation de l’Occident, si les failles du capitalisme de marché sont béantes, ces dernières années ont aussi vu une formidable progression du niveau de vie dans la plupart des pays émergents du monde. Donc, oui, il faut regarder de plus près.

Au-delà du « plus près », l’Eglise catholique dans son ensemble est très critique du système économique.

C’est vrai ! Bien loin des clichés datés sur une Eglise qui serait proche des puissants. Cela remonte à loin. Depuis le XIXème, les catholiques ont toujours été en distance avec l’économie, l’argent, la jouissance, à la différence des protestants qui voient (c’est la théorie de Max Weber) dans l’initiative et la production un moyen d’œuvrer pour leur salut. Mais qui, du coup, eux, ne se font pas entendre.

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