Le gouvernement, d'après les opérateurs téléphoniques, leur a indiqué (par oral, pas par écrit) qu'il ne renouvellera pas les autorisations de se fournir chez le géant chinois qu'il leur accorde actuellement. Bercy dément, mais la France a du mal à ménager la chèvre et le chou.

Dans une boutique Huawei à Pékin
Dans une boutique Huawei à Pékin © AFP / Koki Kataoka / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

L’histoire est à la fois compliquée et passionnante parce que les enjeux sont économiques, diplomatiques et de société. On le rappelle, Huawei est un énorme équipementier télécoms chinois, qui est peut-être le meilleur du monde technologiquement. Quand on parle de lui, sur la planète, il y a deux camps ... et en fait, trois : 

1- Les Américains, les Britanniques, les Japonais et d’autres ont banni Huawei : c’est non, ils suspectent les Chinois d’espionner les communications et l'entreprise est  aussi un otage dans la guerre Donald Trump-Xi Jinping. 

2- À l’inverse, les Italiens, les Indiens et d’autres acceptent Huawei. 

3- La France (comme l’Allemagne), elle, ménage la chèvre et le chou, veut couper la poire en deux, avoir le beurre, l’argent du beurre et le reste. 

Comment ? Il y a quelques jours, la France a dit publiquement ceci : les deux opérateurs télécoms intéressés, Bouygues et SFR, ont le droit d'acheter et d'utiliser du matériel Huawei (des antennes, des centraux) pour trois à huit ans. Mais cette autorisation sera renouvelée -ou pas- régulièrement. Bref, ni oui ni non. 

Hier, l’agence Reuters et Les Échos ont appris qu’en fait, par oral (pas par écrit), l’État a été plus cash. Il aurait dit aux opérateurs : allez, entre nous, on vous le dit, nous ne renouvellerons pas les autorisations. Bercy dément et les téléphones ont sonné hier soir et que les noms d’oiseaux ont volé. Manipulation, s’étrangle Bercy : les opérateurs savent bien que Pékin va menacer Paris de rétorsion, et du coup attendent que Paris recule. 

Où est la vérité ? C’est je crois : Huawei par ici la sortie, mais les enjeux commerciaux et diplomatiques entre France et Chine compliquent tout. Paris ne veut pas s’aligner sur Washington tandis que les esprits cyniques glissent que les agences américaines de sécurité nous espionnent certainement davantage, déjà, que les services chinois.

Un argument sérieux ? Non, spécieux. Cela reviendrait à dire qu’on serait plus proche des valeurs chinoises qu’américaines. Cela n’est pas vrai. 

En revanche, deux choses sont vraies. 

1- Une vraie guerre froide qui ne dit pas son nom, et dont les armes sont commerciales, commence à se mettre en place entre une Chine devenue trop puissante, et un Occident qui cherche le levier pour démarrer cette guerre froide. 

2- La supériorité technologique chinoise est dure à avaler pour l’Occident. On a appris hier que cent millions de Chinois ont un abonnement 5G pour leur téléphone  - contre un million d’Américains et beaucoup de … devinez ... débats en France. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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