L'édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». __Que retenir sur le plan économique, du discours de Nicolas Sarkozy hier devant le Congrès ? La première chose, c'est qu'il y a eu moins de surprises que prévu, et que ça, c'est nouveau ! Toujours sur la forme, la sobriété du discours frappait : peu d'autosatisfaction, la crise n'est pas finie, pas d'optimisme déplacé. Sur le fond, il faut d'abord relever l'hommage appuyé au modèle social français. Cela embarrasse la gauche, l'objectif politique du discours est donc atteint. Mais pour dire vrai, et quitte à prendre le contrepied de ce concert de louanges, les vertus de ce modèle sont largement exagérées : certes, il protège de la crise, mais on oublie vite que le chômage est plus massif qu'ailleurs depuis vingt ans et que la France a depuis longtemps les finances publiques parmi les plus dégradées. Cela étant, venons-en à l'essentiel, les trois annonces à retenir : le grand emprunt, l'amélioration de l'indemnisation des licenciés économiques et des décisions sur les retraites dès la mi-2010 et non pas après 2012. Quelle est leur logique économique ? L'on reconnaît la plume d'Henri Guaino, le conseiller de Nicolas Sarkozy. L'idée est de réhabiliter l'investissement public. Il y a là, sur la politique économique, une vraie rupture avec les conceptions traditionnelles. Pas question d'un plan de rigueur sur les impôts ou les dépenses pour redresser des comptes publics catastrophiques, une rigueur qui, je cite, « a toujours échoué ». Au contraire, il faut investir, dans l'éducation, la jeunesse, les technologies vertes. A moyen terme, c'est gagnant, cela tire la croissance et fait rentrer des recettes dans les caisses. La conclusion de cette approche ? Il y a plusieurs types de dépenses : les temporaires, qui disparaîtront la crise passée, par exemple les aides aux chômeurs ; celles qu'il faut limiter, les gaspillages, la bureaucratie, la dérive des dépenses de retraites - et ça c'est courageux de s'y attaquer. Et puis, surtout, il y a les bonnes dépenses qui préparent l'avenir, financées par l'emprunt annoncé. Au total, la thèse, est : oui à la relance par l'investissement pour éviter la récession et la rigueur. Une thèse séduisante, sur le papier, mais il faut passer du concept au concret. Car derrière, il y a une question : que deviennent les déficits et la dette publics ? Si les économies sur les « mauvaises » dépenses, les dépenses de fonctionnement, sont supérieures aux nouveaux investissements, bravo, bien joué, les déficits baisseront. C'est pourtant peu vraisemblable parce qu'aucune nouvelle piste sérieuse d'économies n'a été évoquée hier. Le plus probable est donc que les dépenses nouvelles seront supérieures. Les déficits resteront très élevés d'ici 2012. Le problème est que derrière ce nouveau concept, les « bons » déficits, c'est toujours la même hausse de la dette que l'on vend. Sauf à faire le pari du retour de l'inflation pour effacer les dettes, le pari est extrêmemnt risqué. Le grand emprunt ne change pas la donne. L'Etat emprunte tous les jours, que ce soit auprès des Français ou sur les marchés financiers, c'est la même chose, c'est même plus cher dans le premier cas. On est curieux de savoir si les Français vont « acheter » ce joli coup politique.

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