Le gouvernement britannique de David Cameron a présenté hier un budget ultra-rigoureux. Oui, on a envie de dire : un budget britannique à la sauce grecque (je ne sais pas si c’est bon) ! Et c’est vrai qu’après les plans espagnol, grec, allemand et anglais - donc -, la France apparaît un peu cernée ce matin par la rigueur – elle qui n’ose pas officiellement prononcer le mot. C’est vrai que ce qui a été présenté hier à Londres est assez violent et assumé politiquement comme tel. La relance keynésienne, c’est fini ! Les salaires des fonctionnaires sont gelés pendant deux ans, l’âge de la retraite passe à 66 ans assez vite, la TVA augmente de deux points et demi, la taxation des plus-values augmente de dix points et, last but not least, la plupart des ministères (sauf l'éducation et la santé) verront leurs dépenses réduites d’un quart en quatre ans. Le secteur public perdra plusieurs centaines de milliers de postes. C'est un vrai virage, et un virage libéral, David Cameron est persuadé que le secteur public a étouffé le secteur privé. Un virage aussi sec est-il crédible ?Il y a plusieurs manières de répondre à cette question au-delà de la réponse la plus simple qui est - oui, cela a déjà fait par Margaret Thatcher il y a plus de vingt ans. La première est de se dire qu'au delà du credo libéral, la Grande-Bretagne, qui a un déficit public pas tellement en dessous de celui de la Grèce, veut elle aussi rassurer les marchés financiers qui lui prêtent tous les jours de l'argent. Elle montre ses muscles. La seconde est de souligner que tous ces engagements pris sur plusieurs années, à Londres comme à Berlin ou à Madrid ont un petit côté virtuel et science fiction. Qui sait ce que sera la situation économique dans trois ans ? Personne. Ce qui compte, c'est ce qui sera fait à court terme. Et là, on s'aperçoit que Londres comme Berlin font assez attention, les mesures ne sont pas immédiates, elles s'appliqueront en 2011, une fois qu'on sera rassuré sur la croissance - en tous cas espérons le. Donc, ce virage radical et audacieux par rapport à ce qu’est l’Europe depuis 15 ans est possible mais il devra être confirmé. En attendant, la France est-elle isolée ?La France cherche encore sa communication. Pour l’instant, seul François Fillon parle d’un plan de 100 milliards d’euros. L’Elysée préfère saucissonner les annonces, à la fois parce que Nicolas Sarkozy ne veut pas donner l’impression qu’il « panique » sous la pression des marchés – l’Elysée est très énervé par les plans allemand et anglais – et parce que la France est le pays le plus volcanique socialement. Au fond, qu’y a-t-il dans le paquet français de la rigueur ? La baisse du nombre de fonctionnaires ; La réforme des retraites ; et finalement pas mal de prélèvements fiscaux et sociaux en plus. Pour la reprise des déficits sociaux, pour les retraites, et demain pour la dépendance – puisque l’on parle d’une hausse de la CSG pour les retraités. Mais il y a une particularité de la France par rapport aux autres pays. C’est qu’il n’y a pas eu pour l’instant d’annonces précises d’économies sur des dépenses concrètes. Il y a des gels, des reports, des fins de plan de relance, bref des astuces, mais pas de mesures visibles immédiatement. Peut-on passer entre les gouttes ? C’est la question. Et la réponse ?Je ne crois pas.

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