Un conseil européen se réunit aujourd’hui et demain à Bruxelles. Il y sera encore beaucoup question de la Grèce.On parlera aussi immigration. Sur la Grèce, évitons de dire que cette réunion sera décisive, déterminante ou difficile. Ces mots sont usés jusqu’à la corde à force d’avoir servis. Maintenant, sur le fond, le Parlement grec a renouvelé sa confiance à George Papandréou et les Européens et le FMI attendent que le plan de rigueur soit à son tour ratifié à Athènes. Ensuite, ils ouvriront leur portefeuille. Il y a un petit répit. En réalité, de cette rencontre-là, qu’attend-on en priorité ? De l’unité. Les bisbilles, les hésitations récentes sont désastreuses, à tel point que Washington a presque parlé d’enfantillage.Le second enjeu concerne l’Allemagne. Depuis un an, Angela Merkel, sans cesse rattrapée par la manche par Nicolas Sarkozy, elle a fait des pas de géant en acceptant d’aider la Grèce. Courageusement, elle affronte son opinion. Mais elle entretient aussi une certaine confusion. Il faut choisir, on l’a déjà dit ici, entre la faillite et plus d’intégration -de fédéralisme-, en clair davantage de pouvoirs exercés collectivement, et moins de chacun pour soi.- Mais on sent les opinions européenne et grecque très troublées par cette crise.C’est pour cela qu’à côté de ce sommet, la logique voudrait que deux initiatives soient prises –même si j’exclus qu’elles le soient. Il faudrait d’abord montrer à l’opinion, notamment française, que les contribuables ne seront pas les seuls à sauver Athènes. C’est le débat sur l’implication des créanciers privés (banques, assurances, fonds de pension). La question clé est de les faire participer sans que cela puisse être considéré comme un «défaut» de l’Etat grec, défaut aux effets incalculables. La vérité est que ces créanciers sont prêts à le faire –et c’est une avancée. Ils le disent "off". La question qui leur est posée est de savoir s’il faut le dire "on", publiquement. Les banques pensent que non, pas encore, pour négocier ; mais on peut penser que oui, pour montrer à tous que les efforts seront partagés. - Et la seconde initiative ?Elle concerne l’opinion grecque. Les efforts demandés ont été mal calculés : trop violents sur les revenus, pas assez sur les réformes de structure –pas de cadastre, peu de contrôle fiscal, de la corruption. Pour faire rentrer l’argent, les privatisations auraient aussi dû être lancées plus tôt. Le problème de fond reste que le niveau de vie des Grecs a trop progressé par rapport au développement de l’économie. La droite grecque, qui a maquillé les comptes, est irresponsable. Pour ouvrir les yeux des Grecs, pour convaincre aussi certains Européens que l’Europe n’étrangle pas la Grèce, il y a une solution : que la troïka BCE-Commission européenne–FMI, qui fait régulièrement des missions sur place, publie ses rapports fouillés, détaillés sur la situation. Ce serait parlant, légitime et démocratique. - La Grèce est condamnée au pire ?L’économiste Jacques Delpla a une bonne formule : "les Grecs ont le choix entre le toboggan et le saut en parachute sans parachute". Soit ils choisissent le toboggan avec une légère baisse de leur niveau de vie. Soit ils refusent de relever ce défi, mais leur économie s’écroulera et ils sortiront de l’euro.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.