C’est aujourd’hui que le conseil d’administration de Bouygues va se prononcer sur l’offre du groupe SFR-Numericable, dirigé par Patrick Drahi, de racheter Bouygues Telecom.

Oui, c’est un coup de poker à dix milliards d’euros qui pose plusieurs questions intéressantes je crois. La première concerne Martin Bouygues lui-même, personnellement : est-il vendeur ? Si l’interrogation existe, c’est qu’il n’est pas un patron salarié, le groupe Bouygues, c’est sa vie, sa famille. Depuis longtemps, il répète qu’il n’est pas forcément vendeur de Bouygues Télécom et on devine que ce n’est pas seulement une posture. Mais, évidemment, un chèque à dix zéro change la donne. Dix milliards, c’est la valeur de l’ensemble du groupe Bouygues qui pourrait l’utiliser pour des acquisitions dans la télévision. Du coup, la vraie question du conseil d’administration qui se réunira à 18 heures est la suivante : même si Martin Bouygues n’est probablement pas chaud à titre personnel, peut-il refuser cette offre ? A priori non, mais franchement, c’est possible. Réponse ce soir.

Deuxième question : Patrick Drahi a-t-il la folie des grandeurs ?

Le patron franco-israélien de SFR-Numericable est à l’évidence un des patrons les moins connus de France, et c’est pourtant la 57ème fortune mondiale... Son intérêt, on le voit : constituer un groupe de télécoms plus gros qu’Orange dans le mobile et utiliser ses tuyaux de Numéricable qui courent sous les trottoirs. La question, cette fois, est celle-ci : s’il conquiert Bouygues Télécom, il aura réalisé -écoutez bien- 40 milliards d’euros d’emplettes en quatorze mois. Et se sera endetté d’autant. Tout le monde se demande s’il finira comme Jean-Marie Messier, les yeux plus gros que le ventre et une bulle qui explose à la fin. La différence, c’est que Drahi profite à fond de Draghi, le patron de la BCE, qui a baissé les taux d’intérêt. On s’endette pour rien ! Autre différence avec Messier, les activités télécoms rapportent des vrais revenus, avec des vrais abonnés, pas du vent et des espoirs de revenus. Mais cette façon de construire un empire sur la dette est quand même surprenante.

Troisième question, qui concerne plus encore les clients télécoms : serait-ce une bonne opération pour le marché des télécoms ?

Il y a le sujet important des 20.000 salariés des deux entreprises ... que deviendraient-ils parce que le but des fusions, c’est de faire des économies ? Mais sur le fond, on peut être très réservé par le passage de quatre à trois opérateurs : Orange, le nouveau SFR élargi et Free. Ces dernières années, il y a eu beaucoup de baisse des prix dont nous avons profité, tous. L’envolée, hier, des cours de bourse des actions télécoms montre que les marchés parient que les marges des acteurs vont remonter si la fusion se fait. Donc les prix. Bref, ce qui est bon pour les opérateurs n’est pas forcément bon pour les consommateurs parce qu’ils se battront un peu moins entre eux pour nous séduire.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.