Christine Lagarde est la candidate favorite de l’Europe pour succéder à Dominique Strauss-Kahn au FMI. Mais on parle aussi beaucoup de l’obstacle que constitue pour elle l’affaire Tapie.

La plupart des capitales européennes ont donné leur accord. Les pays émergents n’ayant pas de candidat unique, les chances de Christine Lagarde sont élevées. A condition, dit-on, c’est cela, qu’elle ne soit pas « bloquée » par une décision de la Cour de Justice de la République. En réalité, il y a un petit risque plus sur les délais que sur le fond. C’est une affaire en réalité extrêmement compliquée. Une question simple la résume : Christine Lagarde a-t-elle pris une décision contraire aux intérêts des contribuables en faisant trancher une fois pour toutes par un tribunal arbitral le conflit entre l’Etat et Bernard Tapie ?

On l'a dit, c’est une affaire très compliquée. Quinze années de procédure, quinze ministres des Finances ! En 1990, Bernard Tapie achète Adidas. Il redresse la marque, et la revend après son entrée au gouvernement en 1992. Le Crédit Lyonnais s’occupe de la vente et, en gros, roule Tapie –ce qui est assez fort. Lequel Bernard Tapie s’en émeut et se retourne contre l’Etat qui, entre temps, a repris le passif du Crédit Lyonnais qui a fait faillite (!).

Depuis quinze ans, la bagarre est là, à travers des dizaines de péripéties. En 2007, épuisées, les deux parties acceptent la proposition de trancher définitivement l’affaire par trois personnalités : Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel, un avocat très respecté, Jean-Denis Bredin, et un magistrat. - Leur décision, en 2008, est une excellente nouvelle pour Bernard Tapie : l’Etat lui doit 285 millions d’euros... … dont 45 millions au titre du préjudice moral ! C’est énorme (dans tous les sens du terme). Mais ça n’est pas fini. En février dernier, l’affaire a rebondi. La Cour des Comptes estime illégal le recours à l’arbitrage, il aurait fallu que le Parlement l’autorise. Les socialistes, eux, dénoncent un abus d’autorité et ont saisi le procureur général de la Cour de cassation, qui vient de transmettre le dossier à la Cour de Justice de la République (qui juge l’action des ministres en exercice). Une commission ad hoc décidera de classer l’affaire ou pas. Juridiquement, le gouvernement paraît assez sûr de lui. Son problème : aura-t-il la réponse à temps pour le choix du patron du FMI ? Bref, le calendrier est compliqué.

Sur le fond, peut-on reprocher quelque chose à Christine Lagarde ? 1- L’Etat pouvait-il faire appel à un tribunal spécial ? La justice administrative a déjà répondu "oui". Au-delà, il y a un choc de cultures. Pour la Cour des Comptes, pour Bercy, l’Etat est éternel : tant que les procédures traînent, il n’a pas à payer. Les politiques ont voulu arrêter les frais. 2– Rien ne permet d’affirmer que la sentence arbitrale devait a priori être favorable à Tapie. 3- Sur le plan politique, Christine Lagarde avait zéro intérêt à favoriser Bernard Tapie – ce qui était moins le cas de Jean-Louis Borloo avant elle. Et Nicolas Sarkozy ? On ne voit pas trop le mobile d’un coup de pouce. Soit on plonge du côté de la théorie du complot, soit il faut des preuves. La vérité est que cette affaire du Crédit Lyonnais aura été une catastrophe de bout en bout. Mais cela ne devrait pas constituer un obstacle pour le FMI.

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