Vous commentez le rapport de la Cour des comptes sur l’Education publié hier.

C’est un rapport a priori surprenant de la part d’un organisme financier : il dit que les chiffres ne sont pas le plus important. Traduction concrète et politique : la Cour prend le contrepied explicite de François Hollande qui a commencé de créer 60.000 postes dans l’éducation sans contrepartie de réforme. Le problème, dit-elle, ce ne sont pas les moyens de l’éducation, c’est leur utilisation défaillante, le système est très mal géré. Dans la bouche de l’ex-député socialiste Didier Migaud, cela sonne fort, surtout quand il suggère de donner leur autonomie aux établissements. Sans surprise, la FSU, syndicat majoritaire, a dénoncé une approche « libérale ».

Pour enfoncer le clou, la Cour a choisi une méthode.

Sur un rapport de 200 pages, on trouve quatre graphiques. Quatre, pas plus, c’est peu et rare. Quatre graphiques choisis on imagine, pour créer un choc. Lesquels ? Un premier met en évidence la dégradation, en dix ans, des résultats des élèves français aux tests internationaux Pisa, sur la lecture, les sciences et les maths. Un deuxième met en parallèle la stabilité ou la hausse, sur vingt ans, du nombre des enseignants et la baisse, marquée, du nombre d’élèves. Un troisième redit le temps de travail officiel des enseignants : 11 heures par semaine en classe prépa, 15 pour les agrégés, 18 pour les certifiés, 27 heures en primaire. Plus on est diplômé, moins on est devant les élèves ! Evidemment, c’est hors préparation, correction et réunions, mais c’est ça que tout le monde retient. Le quatrième graphique est plus mystérieux : il porte sur les absences des enseignants. Une lecture sommaire conduit à lire qu’en janvier, au pic de la grippe des adultes et de leurs enfants, un professeur des écoles sur quatre serait absent. Personne n’était disponible à la Cour hier soir pour valider ou infirmer ce résultat troublant – page 38 pour ceux que cela intéresse ! Voilà les seuls quatre graphiques.

Mais il y a aussi les annexes !

Une annexe sur les salaires réels et non pas ceux des grilles. On y lit d’abord que la fameuse comparaison internationale selon laquelle les enseignants français sont nettement moins payés que les autres est exacte mais doit être nuancée : elle oublie les indemnités et les heures supp. On y a surtout la confirmation qu’il existe des écarts de revenus assez sensibles selon les situations. Avec 15 ans d’ancienneté, un professeur des écoles peut gagner de 1.680 à 3.200 euros par mois, un certifié de 1.900 à 4.150 euros et un agrégé de 2.450 à 5.100 euros. En prépa, c’est plus. En juillet dernier, j’avais reçu des centaines de mails courroucés pour avoir évoqué ces écarts sur la foi d’une clé USB reçue d’un chef d’établissement...

Quelle conclusion tirer de tout cela ?

Celle de la Cour des comptes est limpide. A aucun moment, elle ne met en cause les enseignants, elle leur rend au contraire un hommage appuyé pour leur métier parmi les plus difficiles qui soit. Mais loin d’en bénéficier, ils sont broyés par un système, par le mammouth corporatiste. Loin d’être libérale et seulement comptable comme ses détracteurs le disent, cette analyse serait plutôt marxiste !

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