Ce matin : les limites de la méthode Coué.

En réalité pour faire intelligent, on devrait parler des limites du discours performatif. Qu'est-ce que le discours performatif - ou donc la méthode Coué ? C'est de dire quelque chose de positif en étant persuadé que dire suffit à ce que cela soit vrai et penser que répétition vaut conviction. Trois exemples montrent que cela ne marche pas -plus. Et que c'est à manier avec des pincettes dans des sociétés où la parole venue d'en haut est de moins en moins crédible.

Premier exemple ?

La fermeture des raffineries et le manque de carburants. Ce week-end, Manuel Valls et Alain Vidalies, secrétaire d’État aux Transports, ont répété dix fois qu'il n'y avait pas de risque de pénurie. Parce que 15 % des stations sont en rupture totale ou partielle d'approvisionnement. Raisonner ainsi en moyenne n'a aucun sens, puisque les blocages sont très localisés. Le problème est que le discours officiel ne trompe personne parce que les réseaux sociaux informent bien mieux et vite. La dissimulation -dont le but est d'éviter que les automobilistes se précipitent dans les stations- ne marche pas.

Deuxième exemple ?

C'est le ça va mieux de François Hollande, devenu le slogan du printemps. La réalité économique est simple : oui, ça va mieux qu'avant, mais ça ne va pas bien et ça va moins bien qu'ailleurs. Le problème, là, de la méthode Coué est qu'elle se heurte au discours politique -de droite et de gauche- et médiatique général permanent qui est que tout va mal. On ne regarde que les Français au chômage (90 % ne le sont pas) et que les entreprises qui vont mal : trop tard, à force de raconter des bobards, la vérité n'est plus crue quand elle arrive.

Dernier exemple ?

La sécurité aérienne et les compagnies sont responsables. Avec les accidents récents, beaucoup de voyageurs sont persuadés que le risque grimpe. C'est statistiquement faux: si vous prenez l'avion tous les jours à partir de maintenant, en moyenne, vous avez un risque au bout de 2.700 ans ! Mais cette statistique rassurante officielle, quand on regarde de près, ne tient pas compte de l'accident de German Wings parce qu'il s'agissait d'un suicide du pilote, qui ne rentre pas dans les catégories habituelles. Elle n'est donc pas crédible. Longtemps, on a dit que trop de com tuait la com ; en fait, c'est aujourd'hui l'info qui tue la com – et tant mieux.

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