Les salariés d’Ascoval vivent un véritable supplice chinois. Le Brexit, les taxes climat et la guerre de l'acier en sont la cause. L'avenir de leurs emplois reste incertain.

Les salariés d'Ascoval en décembre 2019
Les salariés d'Ascoval en décembre 2019 © AFP / FRANCOIS LO PRESTI

Il y a plusieurs façons de regarder ce qui se passe sur les sites des aciéries de Saint-Saulve, dans le Nord, et d’Hayange, en Moselle. Aciéries reprises la semaine dernière par un groupe financier qui possède aussi British Steel, British Steel placé hier en redressement judiciaire au Royaume-Uni. 

La première façon est de plaindre sincèrement les centaines de salariés concernés, ballotés en quatre ans de Vallourec à Ascometal, d'Altifort à British Steel. Cette succession d’espoirs et de désespoirs est terrible. La deuxième façon de regarder est politique. A trois jours des Européennes, Bruno Le Maire, ministre des Finances, se remue comme un beau diable pour éviter à Emmanuel Macron un nouveau Florange. Il promet que tout va bien se passer, grâce aux commandes de rails du réseau SNCF à Hayange et de commandes néerlandaises pour Saint-Saulve. Mais il faut quand même dire que l’Etat n’a pas eu le nez creux, ou pire, a cherché à gagner du temps : les experts avaient par exemple vraiment tiré la sonnette d’alarme sur Altifort. 

Mais il y a une troisième façon de voir les choses, qui montre concrètement les effets dans les entreprises des choix politiques. Pourquoi en est-on arrivé là ? 

British Steel est en difficulté à cause du Brexit, qui fait que la livre sterling a baissé et que le carnet de commandes britannique s’est vidé. British Steel est en difficulté (5 000 salariés menacés Outre-Manche) pour défaut de paiement de ses droits carbone (140 millions d’euros) dans le cadre de la politique pour le climat. Enfin, l’acier européen, y compris ici, est en difficulté parce que les Chinois déversent leurs surplus d’acier en Europe depuis la guerre commerciale Washington-Pékin. Au total, Brexit, taxes très lourdes, manque d’Europe : trois choix collectifs par des peuples souverains mais aux effets désastreux. 

Que faire ? Evidemment, il faut lutter contre le réchauffement. Mais tout cela montre qu’il n’y a que deux solutions :

  • Première hypothèse : accepter une consolidation du secteur sidérurgique, des fusions entre entreprises comme celle proposée entre ThyssenKrupp et Tata, mais que Bruxelles s’apprêtait à bloquer. Accepter aussi que les prix de l’acier et donc par exemple des automobiles et de beaucoup de produits remontent. 
  • Deuxième hypothèse : considérer que les emplois des ex-Ascoval, au-delà des six prochains mois, sont perdus ou presque et mettre de l'argent sur la table pour les former à d’autres métiers. Sans leur raconter d’histoires.
L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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