L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____Les dirigeants de la Société Générale ont donc renoncé hier soir à leur stock options. La pression politique était trop forte et, surtout, la décision initiale trop incompréhensible. C’est un tir croisé qui a contraint la banque à changer de pied hier soir : un tir politique, et puis aussi, plus discrètement, un tir patronal. Laurence Parisot, la patronne du Medef, a appelé Jean-Martin Folz, qui préside le comité des rémunérations de la Générale et qui, coïncidence, dirige aussi l’Afep, le club des plus grandes entreprises françaises, pour le convaincre de bouger. Mais la banque a surtout reculé parce que son dossier n’était pas plaidable. Il est étrange de ne pas avoir compris qu’au moment où les fermetures d’entreprises se multiplient, au moment où les PME ne trouvent pas de crédit, l’attribution de stock options est socialement indécente aux yeux de l’opinion, des salariés et des clients. Enfin, sans rentrer dans le détail, les conditions d’attribution de ces options étaient, disons, contestables, puisque le cours d’attribution était le plus bas depuis dix ans, avec une possibilité de plus-values extrêmement forte. Comment expliquer l’attitude des dirigeants de la banque ? D’abord, la Société Générale, comme les autres grandes banques françaises, ne se sent pas coupable. Et c’est vrai que ni elle, ni la BNP, ni le Crédit Agricole ne sont au bord du gouffre alors que le paysage bancaire anglo-saxon est un champ de ruines. L’aide que ces banques ont reçue de l’Etat est un prêt, pas un don. Donc, disent-elles, pourquoi être sanctionnées ? Ensuite, ces dirigeants estiment qu’ils ont déjà payé sur le plan salarial. En 2007, Daniel Bouton, le président de la Générale, avait renoncé à son bonus à cause de l’affaire Kerviel. En 2008, il a dû, et Frédéric Oudéa, le directeur général aussi, recommencer. Résultat, le président a gagné 350.000 euros et le directeur général 619.000. Certes, c’est dix et vingt fois le salaire moyen, mais, se disent-ils, ce ne sont pas non plus des millions, c’est loin des revenus de beaucoup de dirigeants, d’artistes ou de sportifs. Et ils sont à la tête d’entreprises mondiales. Enfin, cela a été peu dit, mais le plan de stock options concernait 5.000 personnes. Voilà leurs arguments. Des arguments recevables ? En tous cas, ils ne sont pas audibles. Cela dépasse les banques aidées, les bonus, les stock options. Cela concerne aussi la question des rémunérations variables dans les entreprises qui font des plans sociaux puisque le gouvernement demande au patronat des propositions avant le 31 mars. Laurence Parisot a d’abord refusé, parce que beaucoup de patrons n’ont aucunement démérité. Mais elle a dû réaliser la dimension symbolique de ce qui se passe, l’exaspération collective. Au fond, le vrai débat derrière est : est-ce que tout va redevenir comme avant dans six mois, dans un an ? Beaucoup de dirigeants pensent que oui. Le débat est très violent aux Etats-Unis aussi, sur les bonus de l’assureur AIG, qui seront en partie taxés à plus de 90%. Tout ne sera sans doute pas comme avant, la période très libérale, de déréglementation, avec des inégalités très fortes, est derrière nous, en tous cas dans les pays développés et, au minimum tant que la crise sera là. Les dirigeants peuvent penser que c’est injuste. Mais ils peuvent surtout être exemplaires s’ils veulent éviter que le balancier ne revienne trop loin. Un exemple, il serait dommage de supprimer les stock options. Les starts up de la Silicon Valley sont nées grâce à elles, il ne faut pas l’oublier.

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