Le prix de l’électricité revient sur le devant de la scène avec des révélations de votre journal, Les Echos , sur la hausse des tarifs que souhaite EDF.

Disons l’essentiel : l’électricien public propose à l’Etat de relever les tarifs de 30% en cinq ans. C’est un sujet brûlant pour le gouvernement en pleine crise du nucléaire au Japon, en pleine période électorale. Autant le dire aussi, l’information dévoilée par notre journaliste, Thibaut Madelin, ne vient pas d’une « fuite » organisée. Le patron d’EDF, Henri Proglio, se rappelle sûrement qu’avant lui Pierre Gadonneix a perdu son fauteuil pour avoir demandé une hausse de 20%. Voilà le contexte. Le fond du dossier envoyé au gouvernement, c’est qu’EDF estime indispensable de relever ses tarifs. Pour financer les investissements dans les centrales dont l’exploitation doit être prolongée. Pour renforcer la sécurité post-Fukushima. Son point d’arrivée souhaité ? Pendant cinq ans, une hausse de 5 à 6,5% par an du tarif bleu des particuliers. Après 3% l’été dernier et plus de 2% en janvier.

Comment EDF justifie précisément cette demande ? L’ouverture du marché de l’électricité oblige le groupe à mettre un quart de son énergie nucléaire à disposition de ses concurrents comme GDF Suez. Il faut, du coup, calculer le prix auquel le groupe public vendra son électricité. Concrètement, il faut donc le fixer à partir des vrais coûts de revient, de production. Mais ce coût de production est le secret le mieux gardé de la République et il a épuisé les neurones de plusieurs générations de polytechniciens. EDF l’estime à 46 euros par MWh, en incluant le coût des 58 réacteurs nucléaires, leur exploitation, la gestion des déchets et les démantèlements à venir. Voilà comment on aboutit à +30% en cinq ans. Mais ses concurrents voient ce prix plutôt à 35 euros. Un expert reconnu, Paul Champsaur, autour de 39 euros.

La décision appartiendra donc au gouvernement ? Le gouvernement devra trancher, sans pénaliser EDF, sans ruiner les concurrents et en pensant aux clients. Pendant des années, l’Etat a laissé EDF prendre du retard sur les investissements, cela l’arrangeait, les tarifs restaient bas. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. On aura beau tourner autour du pot, il est certain que ce tarif augmentera dans les années qui viennent. EDF va utiliser deux arguments. Un, la catastrophe de Fukushima justifie des investissements. Deux, les prix sont, grâce au nucléaire, plus bas en France qu’ailleurs : chaque client économise 336 euros par an par rapport à la moyenne européenne.

Au total, le plaidoyer d’EDF est-il convaincant ? Il y aura une hausse. Mais l’entreprise EDF peut aussi faire des économies. Chaque année, la Cour des Comptes dénonce son comité d’entreprise. Une partie des salariés sont à 32 heures et les hausses de salaires sont généreuses : 4,4% pour la masse salariale en 2010 et 3,95% cette année. Cela peut faire rêver les autres salariés quand ils paient leur facture d’électricité ! Le gouvernement a beau démentir, il faudra prendre une décision. On en reparlera dans quelques semaines.

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