Ce matin : les trois leçons d’une journée de mobilisation sociale.

La première leçon

 est que les syndicats de cheminots ont volé la vedette à la mobilisation des fonctionnaires. Le taux de grévistes à la SNCF a été légèrement supérieur à 35%, ce qui est beaucoup. Cela a été plus modeste au sein de l’État, des collectivités locales et des hôpitaux, ce qui suggère que la fameuse convergence des luttes n’est pas (ou pas encore) acquise. Cela veut surtout dire que les salariés du secteur ferroviaire sont très remontés et donc que les perturbations vont être importantes à partir du 3 avril et peut-être jusqu’au 28 juin à raison de deux jours de grève tous les cinq jours. Au passage, les usagers vont redécouvrir que le service minimum est un mythe, seule la prévisibilité du trafic a été améliorée par la réforme de Nicolas Sarkozy en 2007.

Seconde leçon ?

La bagarre gouvernement-cheminots va bien porter sur leur statut. 

Le gouvernement n’a pas réussi à déplacer l’attention sur les investissements qu’il prévoit et qui sont vraiment nécessaires. Qui sait que les TER entre Aix-en-Provence et Marseille, deux villes importantes, circulent en partie sur une voie ? Que les équipements sont obsolètes entre Lyon et Saint-Etienne ? Ca ne passe pas. 

Du côté syndical, le thème de la privatisation (supposée être le but caché du pouvoir pour la SNCF), ce thème ne s’impose pas. C’est le statut qui va être au cœur, un statut qui comprend un avantageux régime spécial de retraite, l'emploi à vie, un système de classification et des facilités de circulation. Un statut qui représente un surcoût de 200 millions d'euros par an : c'est beaucoup mais c'est loin d'expliquer les déboires financiers de la SNCF. 

Attention en tout état de cause  : personne ne le dit à voix haute parce que ce n’est pas sur la table, mais la question des retraites, qui viendra en 2019, est dans tous les esprits. 

Troisième leçon ?

Elle concerne le nombre de manifestants. Plusieurs médias d’orientations diverses ont pris l’initiative, imaginée au départ par l’ami Thomas Legrand, de recourir ensemble à une société indépendante de comptage. Pour mettre fin au ridicule des canyonesques écarts entre les chiffres de la police et des syndicats. Hier, à Paris, ce collectif a compté 47.800 manifestants, contre 49.000 pour la police et 65.000 pour la CGT. L’information intéressante est que jamais l’écart n’avait été faible entre la police et un syndicat, ce qui veut dire que l’initiative médiatique a déjà produit un effet pédagogique. Sur toute la France, à l’inverse, l’écart est resté massif, 500.000 selon la CGT, 323.000 selon la police. 

Conclusion ni libérale ni alternative  : la concurrence est le début de la sagesse.

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