Le coronavirus est une maladie inégalitaire, et pas seulement sur le plan physiologique. La crise n'est pas la même pour les cols blancs en télétravail à la campagne et les caissières et les aides-soignants.

Caissière dans un supermarché à Strasbourg
Caissière dans un supermarché à Strasbourg © AFP / Frédéric Florin

Avec le coronavirus, il y a les inégalités les plus évidentes entre personnes : le facteur de l’âge, le facteur des personnes dites à risque parce qu’elles présentent telle ou telle caractéristique ou faiblesse de santé. Et on ne parle pas de l’hypocondrie, qui protège peut-être un peu !

Mais ce qui saute aux yeux aussi, ce sont les inégalités entre métiers, entre activités

Il y a ceux qui peuvent se mettre à l’abri parce qu’ils télétravaillent avec leur ordinateur portable, et ceux qui vont sur leur lieu de travail parce que leur présence est requise : transporteurs, salariés en usines, entrepôts, magasins, personnels soignants en hôpital, cabinet et maisons de retraite... 

Il y a ceux qui sont partis au calme dans leurs maisons de campagne et les autres, coincés en appartements minuscules, voire en foyer ou dans la rue. 

S’agit-il de classes sociales différentes ? 

La réponse n’est pas évidente. Un médecin est en première ligne, au contact du virus, il appartient aux catégories sociales dites supérieures. A l’inverse, les ouvriers de l’automobile sont chez eux. 

Mais malgré tout, ce virus révèle une distance de classes, pour reprendre l’expression de Thierry Pech, de Terra Nova, qui utilise l’idée marxiste selon laquelle la distance de classe ne devient une lutte des classes qu’à un certain nombre de conditions. 

Ce sont des métiers parfois regardés de haut qui se retrouvent à l’extérieur et ne peuvent pas rester chez eux, caissières, ouvriers du BTP, agriculteurs, toute la chaîne logistique, des livreurs aux conducteurs de camionnettes. 

Cela invite à revoir la notion d’activités de services dont on pense trop souvent et à tort que c’est la France en col blanc des professions intellectuelles. 

Et au-delà ?

On mesure une fois de plus dans ce genre de situation qu’il n’y a pas toujours de relation cohérente entre rémunérations et utilité sociale. Ce n’est ni une surprise ni nouveau. 

Hier, Carrefour, Auchan, Intermarché et d’autres ont annoncé des primes pour ceux sont en première ligne. C’est normal, c’est bien et en même temps il faut reconnaître qu’il y a un côté un peu dérisoire à cette récompense. C’est une réflexion plus générale sur les salaires et les métiers qui sera nécessaire, ce qui -là non plus- n’est ni nouveau ni une surprise.

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